Médias/Télé Correspondante à Paris

Pour ses 10 ans, "D’Art d’Art !" diffuse cinq numéros inédits, du lundi au vendredi, après l’émission de première partie de soirée, sur France 2. Cinq œuvres présentées lors de l’exposition "Bohèmes" au Grand Palais y seront dévoilées. Un coffret de deux DVD, édité par France Télévisions, sortira le 10 octobre. Une belle occasion pour faire sortir de l’ombre la sœur de Frédéric Taddeï, animateur éclairé de "D’Art d’Art !".

Il y a une dizaine d’années, les producteurs de l’émission eurent l’idée de faire découvrir une peinture ou une sculpture appartenant aux collections permanentes de musées de France et de Belgique. Ils firent alors appel à Frédéric et Marie-Isabelle Taddeï pour raconter l’histoire d’une œuvre d’art en une minute quinze. La coauteure a dirigé une galerie d’art à Paris, pendant cinq ans.

Pourtant, elle ne semble pas avoir adopté la posture parisianiste, celle qui se plaît à obscurcir par son discours les sujets dits sérieux. Pour récompense, elle aura réussi à emmener le téléspectateur au musée.

Vous souvenez-vous de votre première émotion artistique ?

C’était devant la composition V de Kandinsky. Une copie était accrochée dans le bureau de mon père. J’avais 4 ou 5 ans. Et je l’ai trouvée hallucinante. La deuxième émotion, très forte, était devant les Nymphéas, à l’Orangerie. J’ai su tout de suite que l’art avait une parole, quelque chose à raconter. Kandinsky a ressenti sa première impression de l’art abstrait devant les meules de Monet. Il était obligé de lire le titre du tableau pour voir ce qu’il représentait. C’est là qu’il s’est dit que l’abstraction musicale, pouvait aussi être picturale. Les artistes sont avant tout des spectateurs, comme nous.

Des critiques d’art refusent pourtant cette simplicité du regard. Et ils sont même reconnus, alors que leur discours rebute les curieux autant que les avertis.

C’est dommage. Aujourd’hui, devant les Nymphéas, à 48 ans comme à 5 ans, je suis devant la naissance ou la tombée du jour au bord d’un étang, avec des nénuphars qui s’ouvrent. Pas la peine d’aller cherche plus loin !

Comment expliquez-vous l’engouement des foules pour les expositions de peinture à Paris ?

Parce que le musée est ouvert à tout le monde. On a le droit de regarder une toile de Monet et de Fra Angelico et de dire : "Je ne connais pas ou je n’aime pas." C’est une démarche personnelle, au départ : je regarde et c’est moi qui vais ressentir. Vous n’avez pas d’analyse, pas de jugement de valeur, chacune se forge sa propre opinion. A la Sainte Chapelle, on peut entrer sans montrer patte blanche. Dans un musée, on retrouve ce côté universel, c’est comme un temple qui protège. Alors qu’on n’ose pas franchir le seuil d’une galerie d’art, parce qu’on se dit : "Ce n’est pas fait pour moi, les autres savent mieux que moi."

“D’art d’art !” séduit le jeune public, dites-vous…

C’est ce que les enseignants et les parents nous ont déclaré à la sortie du livre qu’ils utilisaient aussi comme support pédagogique. Il y a quelque chose dans l’art d’à la fois totalement individualiste et qui se partage universellement. Devant un tableau, on est tout seul. En même temps, on sait que des millions de gens l’ont vu ou vont le voir sur Internet. Partager une vraie émotion, qu’elle soit d’amour ou de rejet, c’est ce qui manque peut-être le plus aux jeunes adeptes des réseaux sociaux. Tous n’admireront pas une toile de Warhol. Mais si leurs opinions convergent, ils ne risquent pas de se disputer ou de se frapper. Dans l’art, ça ne risque pas de mal se terminer. L’harmonie, c’est sa particularité.