Médias/Télé

Avec de longues études en droit des affaires, droit du travail et droit privé, Laurent Delahousse aurait pu être avocat pénaliste. Mais le journalisme le titillait depuis l'enfance. "Je balançais entre Goldorak et Mourousi", se souvient-il. Sa formation de juriste en poche, c'est à RTL qu'il fait ses armes. "Je n'avais pas fait d'école de journalisme, j'ai bluffé et ma formation s'est faite sur le terrain", confie-t-il.

Depuis, un joli parcours à son actif : reporter au service politique de RTL, reporter au service politique et étranger de LCI, présentation de journaux et du magazine d'actu "Photo Hebdo" sur LCI, rédaction en chef et présentation pendant six ans de "Secrets d'actualité" (magazine d'investigation sur M6). "Ces six années de ma vie ont laissé des traces, d'autant que Jean Drucker, Nicolas de Tavernost et Thomas Valentin m'ont donné du temps et des moyens." Laurent Delahousse profite de ce magazine (qui existe toujours sur M6, présenté désormais par Eric Delvaux) pour imposer sa marque, son écriture. Et avant que France 2 ne lui propose un poste de joker doublé d'une possibilité de créer un magazine, il avait développé un autre concept pour M6, "66 minutes", dont la présentation a été confiée à Aïda Touihri. "Cela faisait plusieurs années que je me battais pour ce nouveau magazine d'actualité, et je n'en ferai pas partie."

Polémique à France 2

Laurent Delahousse, qui affirme ne pas avoir de plan de carrière, a donc accepté de rejoindre France 2 malgré les protestations de la rédaction en mai 2005, dirigées notamment contre les émoluments de ce journaliste venu de l'extérieur. Aujourd'hui, il prend les choses avec philosophie. "Ce n'est pas l'aspect financier qui m'a motivé. Je ne suis pas gagnant là-dessus. Je n'ai pas de maison de production et ce n'est pas au programme, je ne suis pas animateur. Bien moins que certains, et bien plus que beaucoup d'autres, je gagne bien ma vie, et je n'en parlerai plus."

D'abord appelé pour être le joker de David Pujadas, qu'il a longtemps côtoyé à LCI, Delahousse remplacera aussi Béatrice Schönberg de fin février à mai 2007 (cette dernière, mariée au ministre de l'Emploi, de la Cohésion sociale et du Logement Jean-Louis Borloo, ayant accepté de prendre de la distance pendant la campagne présidentielle). Depuis la rentrée de septembre, le journaliste, prudent, attentif, consciencieux, prend le pouls de la rédaction de France 2. "C'est une rédaction rapide et brillante, et le journal une mécanique bien huilée. Il faut que je m'imprègne de tout ça, d'abord être à l'écoute. Je veux être au contact, au plus près de ceux qui font le journal. J'ai rencontré des gens qui ont la même passion que moi pour l'actu, la même flamme", assure-t-il, défendant au passage "l'indépendance, la rigueur, le pluralisme de cette rédaction".

Crédibilité

Pourquoi Arlette Chabot, la patronne de l'info, a-t-elle fait appel à lui ? "Laurent n'est pas un débutant, il a son style. Son expérience du magazine lui a donné un ton peut-être plus cool, un phrasé différent. Il faut qu'il prenne le ton "journal" sans devenir un robot. Présenter un journal est un métier que tous ne savent pas faire. Laurent possède le background nécessaire et la crédibilité", justifie-t-elle. Lui-même se montre agacé lorsque d'aucuns lui rappellent qu'il a aussi un physique. "Je ne connais aucun patron de chaîne qui confierait un journal à un mannequin qui n'aurait pas le recul pour comprendre ce qu'il dit. Harry Roselmack est black et beau, c'est vrai, mais c'est surtout un bon journaliste, extrêmement pro."

"Un jour, une heure"

Laurent Delahousse a également été séduit par la mise sur pied du magazine "Un jour, une heure", dont il assurera la présentation et la rédaction en chef. Il a fait appel à Nicolas Poincaré et à Vincent N'Guyen, grand reporter d'"Envoyé spécial", pour le seconder sur cette bimensuelle de 90 minutes dont le concept est simple : "On va revenir sur les dates clés, les images clés de l'actualité il y a quinze, vingt ans, et les faire revivre par les protagonistes en cherchant à savoir ce qu'ils sont devenus. Il peut aussi s'agir d'affaires méconnues, comme celle d'un tableau qui a traversé le siècle et est passé de main en main. Cela va me faire du bien de sortir de l'univers du crime. Je souhaite qu'on s'intéresse beaucoup à l'international et j'ai envie d'être présent, sur le fond, sur la forme, de passer du temps en salle de montage." A découvrir fin 2006.

© La Libre Belgique 2006