Delarue, témoin de sa fragilité

Virginie Roussel Publié le - Mis à jour le

Médias/Télé Entretien Correspondante à Paris

Jean-Luc Delarue se rendra demain à l’institut Sainte-Claire, à Verviers. Arrêté en septembre 2010 en possession de cocaïne, il s’est lancé depuis le 24 février dernier dans un grand tour de France des établissements scolaires pour prévenir des dangers des addictions. Privé d’antenne par France Télévision, l’ancien maître de l’agora opère sa mue. Sa voix, ADN de nos émotions, de tendue est devenue tendre, infiniment. Elle a laissé entrer le silence, le vide, qu’il dit ne plus combler par un cocktail d’alcool, de cocaïne et de médicaments.

Quel bilan tirez-vous après plus de trois mois de tournées en France ?

Des débats naissent avec les élèves et les parents grâce au relais de la presse régionale. C’est très dommageable quand on commence très tôt à prendre des drogues. Plus tôt on commence, plus loin on va dans l’alcool et la drogue, et plus on y reste longtemps. Ça me fait peur pour l’avenir de ces jeunes. Tout change tellement vite entre les réseaux sociaux, les portables, la façon de communiquer, l’isolement par la télé, l’ordinateur. Je crois urgent d’avoir de grands débats, partout, tout le temps. J’essaie d’expliquer à travers mon expérience malheureuse tous les pièges dans lesquels on tombe.

Quel est le point commun entre les toxicomanes ?

Il y en a trois. D’abord, ce sont des gens qui ont un problème avec le sens de la mesure, qui ne font pas les choses à moitié. J’ai travaillé comme un fou depuis l’âge de 20 ans. Le boulot, ça va, vous risquez juste le burn-out. Dans le sport, j’ai été marathonien, j’ai couru dans tous les sens. Pour la bouffe, j’ai été anorexique, boulimique. Ensuite, ce sont des gens hyper sensibles qui vivent les joies à fond et les échecs comme un sentiment d’abandon profond. Enfin, ce sont des enfants très fragilisés qui n’ont pas pu se construire solidement. J’ai eu une grand-mère qui m’a toujours dit : je suis une inconditionnelle, je t’aime, quoi que tu fasses. Mes parents poussaient à mort à la réussite et mon frère réussissait beaucoup mieux que moi. Mes parents étaient violents entre eux et moi, à 13 ans, j’étais paumé et j’ai rencontré l’alcool. J’ai géré comme j’ai pu pendant des années. Pour les deux ans de mon fils, j’ai écrit mon histoire, 600 pages, en pensant me faire du bien. Je me suis noyé dedans.

Comment FR2, vous sachant visiblement malade, a-t-elle pu vous conserver à l’antenne de “Ça se discute” ?

C’est sûr que ça ne m’a pas aidé à me soigner Je ne veux pas remuer le passé, ça me fait mal au cœur. Tout va bien aujourd’hui. Mais il faut que je me surveille encore. Il faut compter un an pour se rétablir correctement. C’est ce que disent les anciens du programme Minnesota. Moi, j’arrive à neuf mois.

Il y a quelques années, l’un de vos confrères, à la réputation de “gentil”, m’a dénoncé votre cynisme à l’endroit du public.

Ce n’est pas un confrère, juste un concurrent qui veut du mal. Et il n’est pas gentil. Mais vous ne m’entendrez pas parler sur les autres. Bien sûr que non, je ne me déguisais pas. La caméra voit tout, le spectateur aussi. Je préfère ne pas en parler parce que ça me fait mal au ventre

Je me suis laissé dire que vous pourriez accepter une proposition de TF1.

Je n’ai rien décidé, je réfléchis... Non, je ne peux rien vous dire, je ne sais pas encore. J’ai une activité de producteur, il me faut faire tourner la boîte, alors je rencontre les chaînes. Dans un an, rappelez-moi. Je vis au jour le jour. Chaque jour, je renais. Et chaque soir, je meurs.

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