Médias/Télé

ENTRETIEN

Le calme après la tempête. On annonçait pour vendredi un plan `dur´ à RTL-TVI. On a eu droit à un communiqué lénifiant annonçant une réflexion à long terme.

Philippe Delusinne, vous êtes administrateur-délégué. Une tempête dans un verre d'eau?

Il n'y a pas de plan présenté, mais il y a des préoccupations réelles auxquelles nous devrons répondre sans précipitation. Mon point de vue est maintenant clairement aussi celui de Didier Bellens, l'administrateur-délégué de RTL-Group et celui du conseil d'administration, démentant ainsi tout bruit de bisbrouille.

Reste le constat: les choses doivent bouger.

Je fais cinq constats inquiétants: nos coûts augmentent chaque année (regardez le surcoût pour avoir la champion's league!); AB 3 est là et contrairement à ce que j'espérais, elle devrait y rester encore un temps; TF 1 et les chaînes françaises font chez nous des scores menaçants; AB 4 est arrivé en catimini et d'autres concurrents s'annoncent et, enfin, la RTBF ne se portera plus jamais aussi mal qu'elle ne l'a été ces dernières années.

Il faudrait donc agir pour garder la rentabilité?

2002 se termine bien. Nous achevons l'année mieux que prévu, avec des recettes quasi en ligne avec 2001 malgré l'arrivée d'AB 3. Mais il faut préparer l'avenir. Les inquiétudes dont je parlais sont réelles. Et nous avons des pistes que nous allons étudier. Je peux en citer plusieurs. Le management aura comme tâche de serrer les coûts. On ne remplacera pas tous les départs (en 2002 on a engagé 10 personnes pour 15 à 20 départs), mais il n'y aura pas de licenciement structurel important. Nous vérifierons si l'outsourcing, la sous-traitance, peut se faire sans être dépendant (ndlr: d'Endemol ou de Keynews), en gardant le contrôle de notre ligne éditoriale, en y intégrant peut-être une partie de notre personnel indépendant et le tout en améliorant nos coûts. Nous recherchons aussi les synergies dans le groupe: avec M 6 comme on l'a fait pour Loft Story et avec IP, notre régie publicitaire, qui s'installera chez nous.

Mais vous avez bien des critères de rentabilité à respecter, des délais à tenir?

Oui, je veille à respecter la rentabilité, mais notre réflexion ne doit aboutir à des actions que dans le courant 2003.

Vous ne ferez plus Star Academy en concurrence avec la France ?

Nous réfléchissons à notre grille. Mais je pense que nous ne ferons plus les mêmes émissions que les chaînes françaises, diffusées en même temps avec d'énormes moyens. Nous espérions bénéficier d'un effet de proximité, mais en vain. Même si le Star Academy belge fut un très grand succès.

Vous pressez le politique de diminuer vos charges contractuelles, y compris à l'égard de la presse?

Nous ne sommes plus dans un marché audiovisuel florissant, en pleine expansion. Nous ne sommes plus à l'abri et nous ne pouvons plus dans ces conditions servir tout le monde - aider la presse, assurer des productions et des coproductions - sans que personne ne pense à nous. Le contexte est devenu difficile. Il faut revoir ces systèmes d'aides.

Mais la RTBF et la presse sont tout autant en difficultés?

Les hommes politiques partagent mes craintes. Nous devons réfléchir ensemble, RTBF, TVI et presse écrite, à un système qui ne repose plus sur l'aide actuelle mais sur un système qui préserve la diversité culturelle et notre identité culturelle menacée. Personne, je vous l'assure, n'est heureux du système actuel.

© La Libre Belgique 2002