Démocratie et audimat

VÉRONIQUE LEBLANC CORRESPONDANT À STRASBOURG Publié le - Mis à jour le

Médias/Télé

Il est des jours où les événements semblent caricaturer le réel. Ce fut le cas jeudi soir dans la salle du Théâtre National de Strasbourg où se sont tenues des "Rencontres de Strasbourg", consacrées à "La démocratie au défi de l'audimat". Etait annoncé à 20h, un débat intitulé : "Vertiges de l'audimat ?" qui devait opposer Patrick Le Lay, président de TF1 et le philosophe Dany-Robert Dufour, auteur du "Divin marché", un ouvrage où il décrit la télévision comme une famille virtuelle qui se substitue à la famille réelle et à la société en stimulant de plus en plus de comportements régressifs et antisociaux. En clôture, le philosophe et écrivain Régis Debray devait donner une conférence intitulée : "Quelques raisons d'espérer".

Est-ce pris par le vertige de la célébrité que cet intellectuel renonça au dernier moment à faire le voyage à Strasbourg après avoir appris la défection de Patrick Le Lay lui-même retenu à Paris par le passage de Nicolas Sarkozy au 20h de TF1 ?

Nul ne peut lui en faire le procès d'intention mais tant les organisateurs que les spectateurs ont dû se sentir piégés par une loi qui, si elle n'était peut-être pas celle du marché, n'était certes pas celle du respect du public.

Storytelling

Quoi qu'il en soit, il fallut renoncer au Star System mais non aux vertus "documentaires" de la table ronde organisée en ouverture de soirée. En amorce, fut abordée la notion de "storytelling", un concept développé par l'écrivain Christian Salmon présent sur le plateau avec Dany-Robert Dufour ainsi que l'essayiste Eric Hazan, directeur des éditions La Fabrique, l'auteur-réalisateur Guy Seligmann (Océaniques, Un Siècle d'écrivains, L'Invité du Dimanche, etc.) et le Belge Jean Libon, journaliste, documentariste et producteur à la RTBF, co-créateur des émissions "Strip Tease", " Tout ça ne nous rendra pas le Congo" et l'un des réalisateurs du fameux faux JT "Bye bye Belgium".

Impossible de rendre compte dans le détail de deux heures de débats mais des notions nouvelles émergent, signes possibles d'une rébellion face aux dérives télévisuelles.

Sarkozy

Celle de Storytelling d'abord, l'art de toujours raconter brièvement quelque chose pour occuper l'antenne et ne pas permettre à des sujets de fond d'être abordés plus longuement. Nicolas Sarkozy en est l'un des maîtres, fut-il souligné... La nouvelle religion du "Divin marché" ensuite.

Liée à celle du profit, celle-ci pourrait se résumer à cet aphorisme : " Soyez égoïste, cela produit du bien public " et croise la floraison de ces " petits récits " centrés sur l'affectif et répondant sur-le-champ aux appétences du public. Ils sont devenus le produit unique de nouvelles entreprises culturelles qui ont compris que la libération des pulsions pouvait produire de la richesse collective.

Au final, selon les intervenants, nos démocraties ne sont plus fondées sur la recherche du sens et de la vérité, mais sont devenues des lieux où les individus s'envoient des signes. Le lien disparaît ainsi au profit de l'échange efficace.

On appelle cela de la communication.

© La Libre Belgique 2007
VÉRONIQUE LEBLANC CORRESPONDANT À STRASBOURG

Facebook

Ailleurs sur le web

Les + consultés de la semaine

cover-ci

Cover-PM