Médias/Télé Désenchantée**/Netflix, à partir du 17 août.

Comme son titre l’indique sans ambiguïté, "Désenchantée" est l’antithèse du conte de fée. Joyeusement irrévérencieuse, la nouvelle série animée de Matt Groenig, le créateur des Simpson, suit les mésaventures de Teabeanie (Bean pour les intimes), princesse anticonformiste : pour elle, le happy end n’est pas de se marier et d’avoir beaucoup d’enfants.

Confrontée à la perspective d’une union de raison, Bean se rebelle, rencontre Luci, son démon intérieur, et Elfo, qui a fui le pays du bonheur afin d’expérimenter la souffrance et la misère. Il est bien tombé : dans ce royaume désenchanté, le roi occit ses sujets, on décapite dans la joie, la peste fait des ravages, Hansel et Gretel sont des adeptes d’Hannibal Lecter…

On l’oublie souvent, mais "Les Simpson", la plus longue sitcom de l’histoire, a débuté comme une satire présentant une famille dysfonctionnelle. Homer était loin d’y être sympathique, beauf vulgaire et tapageur. Les premiers épisodes s’achevaient régulièrement sur une image de Bart, les yeux exorbités, alors que son père tentait de l’étrangler. Le showrunner James L Brooks a progressivement introduit des touches de tendresse dans la série - même si celle-ci demeure l’une des parodies les plus virulentes et souvent provocatrice des travers de la société américaine contemporaine. "Futurama", la série suivante de Groenig, laissa perplexe un pan de la critique par sa misanthropie et sa violence sous-jacentes, sous l’humour ravageur.

Cette fois, Groenig plante son décor dans le Moyen Age fantasmatique des contes et légendes, qu’il détourne allègrement. Bean rejoint la cohorte des nouvelles héroïnes. Cette femme libérée, rebelle sans cause hors la sienne, bat en brèche les institutions (famille, mariage, religion passent à la moulinette) et forme une famille avec des proscrits plutôt que de souffrir la sienne, pas piquée des hannetons il est vrai (sa belle-mère est une Mélusine kardashianesque).

Groenig est-il lui-même désenchanté ? Ce mélange débridé entre "Monty Python : Holy Graal" et "South Park" reste un critique acerbe de ses semblables. On sent l’univers potentiellement riche, mais les premiers épisodes, denses, ne font qu’esquisser certains personnages et créatures. Il conviendra de juger sur la durée. Attention : l’un ou l’autre épisode, comme le cinquième, flirtent avec le trash.