Médias/Télé

Notre dernière entrevue avec Jean-Paul Philippot remonte au 16 octobre 2009. A l’époque, l’administrateur général de la RTBF sortait d’une longue négociation budgétaire avec sa ministre de tutelle, Fadila Laanan (PS). Pour cause de crise économique, la Communauté française se voyait contrainte à une nouvelle cure d’austérité. Laquelle cure avait pris la forme d’un "plan de solidarité" qui n’épargna pas les moyens dédiés à la RTBF. Dont coût des économies pour la radio-télévision de service public : 24 millions d’euros sur trois ans (2010-2012).

Sortant du plan Magellan (2003-2007), qui avait exigé un effort important de la part du personnel du boulevard Reyers et des sites régionaux, le patron de la RTBF n’avait que fort peu apprécié de voir la Communauté française raboter et geler (non-indexation) sa dotation annuelle à moins de 200 millions d’euros (199,2 millions pour être précis). "A titre personnel, nous confiait alors Jean-Paul Philippot, je suis passé par des moments d’abattement et de révolte."

Malgré ce coup de bambou, le patron de la RTBF se lança dans la chasse aux économies. Il mit sur la table quatre "paquets" d’économies à opérer sur trois ans. A savoir : réduction des frais généraux (5,3 millions), non-dépenses et étalement d’investissements (6,9 millions), recettes nouvelles (6 millions, en provenance principalement de la publicité sur les médicaments et les coupures publicitaires dans les "blockbusters") et, last but not least, contraction de la masse salariale (à concurrence de 5,7 millions).

Ce dernier paquet a nécessité une longue concertation avec les organisations syndicales. Pour la petite histoire, le protocole d’accord que M. Philippot avait mis sur la table en décembre 2009 prévoyait de ramener l’effectif-cible de la RTBF - mesuré en équivalents temps plein (ETP) - de 2 172 à 2 060 au 31 décembre 2012, soit la suppression de 112 ETP (statutaires et contractuels). Pour parvenir à cet objectif, la direction avait misé essentiellement sur un plan de départ anticipé à la retraite (à partir de 60 ans au lieu de 65 ). Ledit protocole n’a été accepté que par une partie des représentants syndicaux en mai dernier (la CGSP wallonne et la CGLSB ont voté contre).

D’après nos informations, ce plan de départs a rencontré un gros succès. Les candidats avaient jusqu’au 31 mai pour se manifester. Seule condition : avoir 58 ans ou plus. Sur quelque 296 candidats potentiels, pas moins de 201 personnes (journalistes, techniciens, administratifs, etc.) ont été admises au départ anticipé. "La direction ne s’attendait pas à cet engouement, nous a-t-on expliqué à plusieurs sources. Pas mal de personnes ont en fait hésité face aux conditions financières du plan et à la perte qu’un départ anticipé peut représenter sur le montant futur de la pension, mais beaucoup de ces personnes ont franchi le pas, car soit elles sont désabusées, soit elles en ont carrément marre de la RTBF." Un avis qui confirme le gros malaise qui avait surgi à l’automne dernier - pétition à l’appui - dans les rangs journalistiques et techniques lors de l’annonce des économies.

Quoi qu’il en soit, le plan est entré en vigueur le 1er juin dernier et s’échelonnera jusqu’à la fin de 2012. Les premiers candidats au départ ont déjà fait leurs valises; les autres suivront au cours des prochaines semaines et mois (36 en 2010, 52 en 2011 et 113 en 2012). La liste des 201 personnes concernées - qui ne comprend donc pas les personnes partant à l’âge de la retraite - montre à quel point la RTBF s’apprête une nouvelle fois à perdre quelques-uns de ses "piliers". C’est notamment le cas dans les rangs des "culturels" (journalistes, producteurs, réalisateurs...). On peut citer les noms de Jacqueline Liesse (rédactrice en chef à la Première), Françoise Palange (chef de rédaction à VivaCité), Roberto Denis et André Zaleski (journalistes au journal parlé), Stéphane Dupont et Jacques Olivier (producteurs sur la Première), Philippe Lamair (journal télévisé), Bernard Lepla (JT), Michel Hellas (JT) Michel Hucorne ("Intermédias"), Philippe Dutilleul ("Tout ça ne nous rendra pas le Congo"), Léon Michaux et Robert Neys ("Devoir d’enquête"), Philippe Lorsignol et Claude Hulet (réalisateurs TV)...

Ces départs seront-ils compensés ? "En partie, nous a confié hier Jean-Paul Philippot, mais je ne peux pas encore vous dire dans quelle proportion. On procédera en tout cas à des recrutements en fonction de nos besoins." Il est très probable que ces recrutements seront opérés à travers la contractualisation de personnes effectuant déjà des "piges" pour l’entreprise. "Nous respecterons l’effectif-cible de 2 060 équivalents temps plein", rétorque M. Philippot. Lequel adresse une mise en garde à son autorité de tutelle : "On est au taquet ! Descendre en dessous de cet effectif ne nous permettrait plus de respecter nos missions de service public."

Pour mémoire, il y a une petite dizaine d’années, la RTBF fonctionnait encore avec 2 800 personnes !