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Etudiante en journalisme, férue de politique, Lina Elarabi voit le cinéma "comme une bonne séance de boxe qui défoule", sans se projeter plus avant dans le métier de comédienne. Et pourtant, à 20 ans, elle porte avec une rare intensité le personnage de Chama, une brillante élève sur le point de partir en Syrie rejoindre Louis, un jeune converti à l’islam radical qu’elle vient d’épouser sur Internet.

"Ce tournage, je l’ai vécu comme une fille de mon âge", dit-elle, se sentant proche du personnage de Chama. "J’ai toujours été bonne élève, je n’ai jamais posé de problème à mes parents, mais j’ai le sang chaud !"

Un personnage crédible

Le réalisateur Xavier Durringer soutient qu’il aurait "pu refuser le projet" de Ne m’abandonne pas s’il n’avait pas trouvé Lina Elarabi à l’issue d’un long casting. "Au départ, Lina devait jouer la bonne copine de Chama. Pour le casting de la mère, elle est revenue donner la réplique à plusieurs comédiennes et elle les défonçait à chaque fois ! C’était elle ! J’ai rarement vu cette qualité de jeu chez une comédienne de son âge qui, de surcroît, n’a pas suivi de cours d’art dramatique. C’est un petit diamant brut."

L’optique du réalisateur était de rendre cette fiction "crédible".

"Il fallait qu’une jeune fille qui ait envie de partir en Syrie ou en Irak puisse s’identifier au personnage de Chama. Je voulais que Lina soit sincère avec son personnage, travaille sur la vérité de ses sentiments en oubliant le sujet. Le film aurait pu se passer autour d’une héroïne qui intégrerait une secte, se shooterait, ou qui adhérerait à l’extrême gauche dans les années 70 pour péter du bourgeois en Italie. Ces jeunes cherchent l’idéalisme, la pureté, même si ce n’est pas ce qu’ils vont trouver."

Pas de clichés

Ce qui ressort dans ce scénario puissant, au-delà de la question de la radicalisation, c’est "la violence qui peut exister dans les rapports parents/enfants. On raconte une histoire d’intimité entre une mère et sa fille", précise Xavier Durringer.

Samia Sassi, la comédienne qui incarne Inès, la mère de Chama, se dit "encore bouleversée par cette aventure. Nous avons vraiment lâché prise. Je ne voulais pas calculer. Je me suis demandé comment je réagirais si cela m’arrivait. J’ai construit Inès au fur et à mesure, dans cette violence extrême de Chama vis-à-vis de sa mère", confie-t-elle.

Le réalisateur a insisté pour que son personnage réagisse de manière "instinctive", en mettant de côté les aspects psychologiques. "Jusqu’où suis-je prêt à aller pour sauver mon enfant ?" Il souligne que dans ces scènes âpres de confrontation, "les deux actrices se sont mises en danger devant la caméra".

Plusieurs radicalisations, une douleur

On pourra souligner encore que le "projet échappe à tous les poncifs. Nous ne sommes pas dans une banlieue pourrie. Et dans cette famille de tradition musulmane, nous avons tous les rapports à l’islam : une mère divorcée qui boit et fume, un père qui va à la mosquée, et une fille brillante", détaille Xavier Durringer. La radicalisation touche d’ailleurs une deuxième famille, non musulmane, qui "partage le même drame, la même douleur, le même questionnement". Où l’on voit un père (Marc Lavoine) qui essaie par tous les moyens de retrouver son fils.

Marc Lavoine affirme n’avoir "joué que la situation d’amour. Comment faire quand son enfant n’a plus de visage, pas d’avenir, et qu’on n’a pas réussi à le sauver ? Comment rassembler ce qui nous reste d’humanité ? Comment on fait quand on est perdu et qu’on essaie d’aimer toujours ? Comment se situer dans un monde qui nous déstabilise en permanence ? C’est une histoire qui traverse tout le monde."