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L'idée est toute simple, mais ô combien originale et audacieuse. Elle a germé dans la tête de Marc Dozier, jeune photo-reporter originaire de la région de Grenoble. En 1996, il tomba sous le charme de tribus de Papouasie-Nouvelle-Guinée, cette partie d'île située dans le sud-ouest de l'océan Pacifique, au nord de l'Australie, qui compte un peu moins de 6 millions d'habitants. Il y retournera chaque année. Il séjourna à l'université de Port Moresby, la capitale, pour y apprendre le pidgin, la langue des indigènes papous. Il y fit surtout la rencontre de la tribu des Huli et de ses deux chefs, Mudeya et Polobi, par ailleurs cousins.

L'idée de Marc Dozier : organiser une Exploration inversée ê ê (Be 1, à 20h30, en crypté). "Pourquoi ce sont toujours les Blancs qui explorent le monde ? J'ai décidé de les inviter en France", explique-t-il au début du documentaire filmé par Jean-Marie Barrère. On songe évidemment aux "Lettres persanes", le roman épistolaire de Montesquieu paru en 1721 où l'auteur dépeignait les tribulations d'un seigneur persan à travers l'Europe. On pense aussi au film "Un Indien dans la ville", où le fils de Thierry Lhermitte débarquait à Paris en provenance d'Amazonie.

"L'exploration inversée" n'a toutefois rien d'un roman ou d'une fiction. C'est un vrai périple, à travers la France, de deux Papous. Un voyage de quatre mois mené fin 2006, en voiture, au pays des hommes blancs. Avec Marc Dozier comme guide et interprète, nos deux Papous passent des côtes bretonnes aux sommets enneigés des Alpes, de la France profonde au métro parisien. Ils sont curieux de tout. Ils et on s'amuse beaucoup. Mais, comme chez Montesquieu, Mudeya et Polobi s'interrogent et réagissent à ce qu'ils voient, nous renvoyant, comme dans un miroir, l'image d'une société occidentale où les prétendus progrès dissimulent trop souvent quantité de maux.

De la valeur de la vie

Si faiblesse il y a dans le projet de Marc Dozier, elle tient à la longueur de son documentaire. Plusieurs séquences anecdotiques sont tirées en longueur, comme lorsque les deux Papous découvrent les joies du ski. Mais beaucoup d'autres passages, sous des allures d'aventure naïve, sont criantes de bon sens sur tous ces Blancs qui marchent en rue la tête baissée, ne se disent pas bonjour, ne partagent pas leurs richesses, se préoccupent de leur musculation, délaissent les personnes âgées,...

Lors d'un passage dans un petit village situé à la frontière franco-allemande, les deux aventuriers se réjouissent de l'hommage rendu par les habitants aux morts tombés pour la patrie. Mais leur émerveillement est de courte durée. Ils disent ne pas comprendre ces "tas de choses" que les Blancs inventent pour se battre. "Nous, quand un homme meurt, dit l'un des deux compères, on arrête de se battre. Eux, ils continuent la guerre. On dirait que la vie ne compte pas." Même rejet lorsqu'un employé des pompes funèbres fait étalage de toute la gamme des produits réservés aux défunts. "Les Blancs font de l'argent avec tout et n'importe quoi, même avec les morts", s'indignent-ils.

Et puis, il y a Paris. Dans les salons de l'Assemblée nationale (la "maison des chefs"), Mudeya et Polobi comprennent pourquoi des Blancs viennent chez eux pour piller l'or... Grinçant, mais aussi amusant quand les deux Papous, en finale, improvisent une danse tribale sur la scène du Moulin Rouge en compagnie de femmes dénudées et aux plumes longilignes. Ces mêmes plumes dont sont parés les indigènes papous. On se dit alors que, malgré les océans, tout ce petit monde fait peut-être partie d'une seule et même grande tribu.