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"Je suis la rivière qui donne la vie". Telle est la traduction de Zayandeh Rud, le nom que porte une rivière en Iran. Un court d’eau qui est en train de s’assécher, entraînant de graves conséquences écologiques, sociales et économiques dans la région qu’il traverse. Depuis 1988, les paysans sont privés de leur activité sur cette terre autrefois fertile (où l’on cultivait notamment le coton), mais désormais inexploitable.

Programmé dans le cadre d’une soirée Thema qui explore d’abord la place de l’Iran sur l’échiquier international ("Iran, rêve d’empire ?"), le documentaire de Laurent Cibien et Komeil Sohani, "l’Iran à court d’eau" , se penche à 21h45 sur ARTE sur une problématique intérieure. La République islamique traverse une crise de l’eau sans précédent, et fait face à des tensions régionales au coeur du pays. 

Il n’y a pas que les rivières qui s’assèchent. Les zones humides et les étangs disparaissent. 

Les nappes phréatiques se vident et les villages sont désertés. Ce qui provoque un cercle vicieux : la population s’accroît dans les villes, qui ont besoin de plus en plus d’eau pour entretenir un mode de vie moderne, accentuant encore la crise environnementale.

Grâce aux témoignages clé de l’ex-ministre de l’Environnement Masoumeh Ebtekar, de l’ex-ministre de l’Agriculture Isa Kalantari, d’une ingénieure, d’un environnementaliste, d’un agriculteur ou d’un hydropolitologue, on entre aisément dans cette problématique non seulement écologique, mais aussi politique. Les auteurs pointent du doigt les responsabilités.

Gestion défaillante de l’urbanisation

Si le changement climatique et la baisse de la pluviométrie sont les premières causes évidentes de la pénurie d’or bleu, c’est toute la politique hydrologique iranienne qui est mise en cause. 

Pas moins de 650 barrages (dont 40 % ne sont plus utilisés) ont été construits en Iran depuis les années 50. Des grands travaux dont l’objectif caché est, entre autres, de faire tourner des entreprises sous contrat avec l’armée.

Ce documentaire empreint d’un certain lyrisme (dans la musique, le commentaire…) offre aussi un éclairage sur les qanats, des aqueducs souterrains imaginés par les Perses il y a des millénaires. Selon les spécialistes, qui tirent la sonnette d’alarme, même ces ingénieux systèmes d’irrigation ne sont plus suffisants pour lutter contre la sécheresse. "L’Iran, avec ses sept mille ans d’histoire, ne sera plus vivable dans 20 ans", affirme un expert local.