Médias/Télé Le film suit de jeunes Syriens lors de leur émigration forcée vers l’Europe. Dans "Doc Shot", à 22 h 20 sur La Une.

Ce qui frappe à la vision de "Born in Syria", c’est la lueur d’espoir qui anime le regard des jeunes migrants syriens. Et ce, malgré les difficultés que rencontrent tout au long de leur périple ces enfants déracinés, déscolarisés. Car, ce qui fait la force de ce documentaire, maintes fois primé au Festival des Libertés (Grand Prix, Prix de la Fédération internationale pour les droits de l’homme), c’est qu’il place sa caméra à hauteur d’enfant. Le réalisateur espagnol Hernan Zin suit quelques-uns de ces jeunes Syriens qui ont fui les dangers de la guerre dans leur pays pour en braver d’autres sur les mers ou les chemins de traverse menant à l’horizon européen tant fantasmé.

Mais à l’arrivée, leur sort dans cet exil forcé est loin d’être plus enviable que celui de leurs proches, parfois restés - faute d’argent - dans les pays voisins de leur mère patrie. Ils doivent courir pour échapper à la police des frontières, faire la file pour manger et "passer le temps" dans les camps de transit, contenir leur désarroi face à la langue d’un pays inconnu, affronter les démarches pour l’obtention du statut de réfugié… Un vrai parcours du combattant que le film a le mérite de montrer en se tenant au plus près de ses protagonistes, les filmant dans leur humanité la plus banale, quotidienne. De quoi dès lors faire résonner d’incrédulité la réflexion de Jihane, 13 ans, à la frontière slovéno-autrichienne : "Je ne comprends pas pourquoi nous ne sommes pas les bienvenus."

Des adultes en devenir

C’est toute cette trajectoire d’adultes en devenir, lestés de leurs interrogations, que le film réussit à montrer sans écueil voyeuriste ou larmoyant. Même lorsque les témoignages se font plus rudes. Tel celui de Kaïs, 10 ans, réfugié à Kilis en Turquie, qu’un baril explosif tombé à proximité a gravement brûlé et défiguré à Alep. Le documentaire, au contraire, témoigne de la persévérance de ces gamins et gamines, sans omettre leurs émerveillements, comme lorsque le petit Marwan découvre la beauté de la neige tombée en abondance sur la forêt de Hotton, alors qu’elle est rarissime dans son Alep natale.

Depuis mars 2011, ils sont plus de cinq millions de Syriens à s’être réfugiés à l’étranger, dont environ la moitié d’enfants. Des chiffres que les médias ressassent mais qui dissimulent des parcours humains que Born in Syria met en évidence. Le tout sur la musique du compositeur français Gabriel Yared, star de la musique de film ("Le Patient anglais", "L’Amant"…), dont la partition témoigne aussi de ses origines libanaises.

Un documentaire essentiel pour mieux comprendre les enjeux humains de ces vagues de migrants débarquant en Europe.