Médias/Télé Le dernier documentaire de Mireille Darc libère la parole, sur France 2, à 20h55. Il sera suivi d’un hommage.

Blessées à vie dans leur intimité la plus profonde, Halimata, Diaryatou et Fanta livrent à Mireille Darc une parole à vif. Où la douleur affleure à chaque mot. L’excision est une pratique d’une violence inouïe, encore tenace dans certains pays d’Afrique, dictée par la tradition et les croyances, imposée par les femmes elles-mêmes. Mais surtout par une société patriarcale qui perpétue cet acte barbare au nom des hommes.

Sensibiliser les hommes et femmes

Pas moins de 200 millions de femmes ont subi une ablation du clitoris, partielle ou totale. Et près de 60 000, parmi elles, vivent en France. Et si ce pays, comme tous les Etats occidentaux, interdit l’excision, et punit d’amendes et de peines de prison ceux qui y recourent, les adolescentes sont encore menacées. L’opération peut se faire, insidieusement, à l’occasion d’un retour dans le pays d’origine (Egypte, Mali, Guinée-Conakry, Sénégal…).

Des associations militent activement pour sensibiliser les jeunes, dans les écoles, pour organiser des débats entre hommes et femmes. Informer, éduquer : la meilleure réponse à l’ignorance qui conduit des familles, depuis des générations, à mutiler leurs fillettes au nom d’une pureté supposée, sans connaître les risques multiples engendrés par l’excision, au-delà de la privation du plaisir clitoridien. La liste est longue : infections, hémorragies, septicémies, voire décès, et plus tard, accouchements dangereux pour la mère et l’enfant, césariennes quasi obligatoires, risque de fausses couches, rapports sexuels douloureux.

Des films humanistes

Excision, le plaisir interditH H H (une production Jaraprod) est le dernier documentaire signé par Mireille Darc. La comédienne, devenue réalisatrice au début des années 1990, avait signé une douzaine de films pour France Télévisions, dont certains, comme celui-ci, coréalisés avec Nathalie Amsellem. Son approche, sensible, pudique, clairvoyante, profondément humaniste, lui avait permis d’aborder les sujets les plus douloureux avec une extrême délicatesse. En hommage à leur auteure disparue le 28 août dernier, France 2 rediffuse ce soir, dès 00h05, "Elles sont des dizaines de milliers de sans-abri", "Pardonner", "Voyage vers l’inconnue" (sur la mort), et un "Envoyé spécial" sur la prostitution à Paris, "Brèves rencontres".

Son ultime film libère la parole. Et il se donne pour mission de comprendre, d’expliquer, de dénoncer, d’ouvrir une porte vers l’espoir. En s’attardant notamment sur la chirurgie réparatrice proposée à Saint-Germain-en-Laye par l’urologue Pierre Foldès.

Ce médecin militant a déjà "réparé" près de 15 000 femmes, qui sont aussi accompagnées dans la redécouverte de leur corps, de leur intimité. Alors, le rire de Fanta apporte un soulagement. Du moins provisoire. Après le récit édifiant de ce jour où à l’âge de six ans, elle fut "coupée" sans anesthésie, à la suite d’une série de fillettes, avec un couteau "à peine rincé". Face caméra, Fanta parle longuement, posément, de la "douleur physique, mentale. On décrit avec des mots, mais il n’y a pas de mots en fait, y en a pas".