Médias/Télé

Sept jours pour réaliser un épisode d’une heure, ça veut dire que les journées sont longues et qu’on n’a pas vraiment l’occasion d’explorer les choses. Il faut être très clair, dès le début, dans le rapport que l’on a avec les comédiens et avec l’équipe. Il faut qu’ils sentent où on va parce que très vite, cela peut partir dans tous les sens. Exemple dans une scène de procès, où il faut gérer beaucoup d’intervenants et de jeux de regards entre les comédiens…", explique le réalisateur Alain Brunard, un habitué des productions RTBF.

"On a fait quelques répétitions en amont avec les trois comédiens principaux et avec certains des guests sur les différents épisodes. On a répété un certain nombre de scènes choisies mais on court quand même toujours après le temps. Et puis, le texte bouge au fil des jours parce que les comédiens se sentent de plus en plus à l’aise et font des propositions. Un climat de confiance s’établit, qui fait qu’il y a une évolution dans le travail au fil des jours."

Dans ce chaos apparent, Alain Brunard a une règle d’or : toujours travailler avec la même équipe. "C’est important parce que des automatismes se créent. On se connaît bien, ils savent que j’aime anticiper donc tout le monde prépare deux ou trois plans à l’avance. Car ce qui m’intéresse, c’est le travail avec les acteurs."

Choisis soigneusement acteurs et décors

Selon lui, deux ingrédients font les séries réussies. "D’une part, le repérage, les bons décors. C’est capital surtout dans une série qui bénéficie de peu de moyens. Trouver des décors qui correspondent aux personnages, qui sont vraiment incarnés. Parce qu’on n’a pas d’argent pour redécorer. Si les décors ressemblent à l’histoire qu’on raconte, c’est déjà ça de gagné."

D’où le choix des musées royaux d’Art et d’Histoire, dont l’escalier extérieur ressemble à s’y méprendre à celui d’un Palais de Justice. Un choix qui se révèle bien plus pratique (question sécurité) que le mastodonte de la place Poelaert et bien moins onéreux que certains bâtiments communaux dont les prix ont bizarrement augmenté de 300 % en très peu de temps… La faute au succès récent des séries belges, "La Trêve" et "Ennemi Public" ?

"Au-delà du décor, ce qui compte, c’est avant tout le choix des acteurs car, là non plus, il ne faut pas se tromper. Parfois, vous avez des comédiens qui sont meilleurs en impro que lorsqu’ils ont des kilomètres de texte à ingurgiter. Et, pour certains, c’est très compliqué car je n’ai pas le temps de faire 10 prises. Donc, il faut qu’ils connaissent leur texte au cordeau. Cela leur permet de s’en détacher et de partir sur de l’improvisation pour obtenir quelque chose de ‘vrai’à l’écran. On ne peut pas se permettre d’improviser sur des termes judiciaires, en revanche." Raison pour laquelle une juriste a révisé tous les textes d’"e-Legal", afin de s’assurer de leur crédibilité.

"Sur ‘A tort ou à raison’, la demande était de faire une série classique. Je n’en étais pas l’auteur, donc j’ai fait ce qu’on me demandait. Ici, j’ai choisi les comédiens, c’est très différent. Même si c’est plus serré financièrement, je fais vraiment ce que je veux. Je ne crache pas dans la soupe parce c’était super et cela a installé la série belge auprès du public. Mais je pense que j’aurai un regard un peu différent sur le résultat cette fois. Je serai sans doute plus satisfait de mon travail."

Les chaînes françaises ont peur

Pour Alain Brunard, "Matthieu Donck a vraiment ouvert la voie. Si ‘La Trêve’n’avait pas été un succès, on continuerait à être cadenassé par les chaînes. C’est tout à l’honneur de la RTBF d’avoir fait confiance. Matthieu avait sans doute la personnalité qui fait qu’on l’a laissé faire, mais cela a ouvert une brèche. Aujourd’hui, ils se rendent compte qu’en laissant travailler les gens sur le terrain, on obtient de meilleurs résultats. Cette liberté-là, ils nous la laissent et c’est ce qui va tout changer, j’en suis sûr. Quand les chaînes françaises décident d’acheter ‘La Trêve ‘et ‘Ennemi Public’, c’est parce qu’elles se rendent compte de cette différence."

Pour avancer cela, Alain Brunard se base sur ses expériences passées : les fictions "Pasteur", "Marie Curie", etc. "Je connais bien les chaînes françaises, on y est cadenassé. Ils nous disent ce qu’on doit faire, parce qu’ils ont peur, en fait. Une scène comme celle de tout à l’heure, ils seraient venus me dire : ça ne va pas du tout, il faut qu’on voie les acteurs de face. Et c’est ça qui fait que certaines séries manquent de personnalité." Le réalisateur pointe une recherche constante de souligner les évidences.

"Ce qui est extraordinaire pour cette série, c’est qu’on vous laisse une vraie liberté de mise en scène, ce qui n’est pas souvent le cas à la télévision. Ici, j’essaie de mettre les personnages en situation et que ces situations ne soient pas simplement de la démonstration. Soit vous avez un point de vue sur la mise en scène et vous savez ce que vous voulez. C’est le cas de Matthieu Donck sur ‘La Trêve’, très clairement. Soit vous tournez tous les plans dans tous les sens et vous ne décidez qu’au montage. Lorsqu’on sait ce qu’on veut, forcément, on gagne du temps."

Ne pas niveler par le bas

Cette façon qu’ont les chaînes d’assurer sans cesse leurs arrières semble exaspérer profondément Alain Brunard. "Tout ça parce qu’ils disent qu’ils connaissent leur public. Quelle prétention… Et souvent, on prend les gens pour beaucoup plus idiots qu’ils ne le sont. Ça me rend dingue. Pourtant il suffit de voir ce que la BBC propose à 20 h : des choses intelligentes et les gens regardent… Ça me rend dingue d’entendre qu’il faut niveler par le bas, sinon les gens décrochent. En France, si vous vous appelez Eric Rochant et Matthieu Kassovitz (pour la série ‘Le bureau des légendes’, NdlR) ou si vous travaillez avec Canal, alors là, oui, vous pouvez faire ce que vous voulez… Heureusement, l’étiquette belge est plutôt un label de qualité aujourd’hui."

"De Facto", un trio de compétences face à la Toile

La réputation du cabinet "De Facto" repose sur un savant mélange de trois personnalités, trois compétences.

Valentine (Olivia Harkay), jeune avocate ambitieuse, a réussi à monter son cabinet toute seule. "C’est une femme moderne, une self-made woman, une battante. Sa relation avec sa demi-sœur s’inscrit en filigrane des 10 épisodes. Cela faisait quelque temps que Valentine prenait des infos sur Fran, alors que sa demi-sœur ignorait son existence. Lorsqu’elle voit que Fran est inculpée dans une affaire de hacking, Valentine lui propose d’assurer sa défense. C’est l’occasion de découvrir sa sœur."

L’arrivée de sa demi-sœur Fran, ex-hackeuse, est aussi une opportunité pour son cabinet spécialisé dans la cybercriminalité. "Fran travaille un peu contre son gré dans ce cabinet à la base, mais elle y prend très vite goût car elle aime défendre les bonnes causes. Et puis, elle est à la place qu’elle adore, face à un ordi, elle jubile. Le hacking, c’est sa vie." Un rôle 100 % de composition pour l’actrice Raphaëlle Bruneau, plutôt "anti-écran à la maison. Avec Olivia, on est allée rencontrer des hackeurs et des avocates ensemble, ici à Bruxelles. C’est bien parce qu’on ne se connaissait pas et on a fait ce chemin ensemble. Et puis, j’ai un ami qui a pris le temps de m’expliquer. Je comprends ce dont je parle mais je ne suis pas encore devenue une spécialiste."

La nouvelle de son arrivée ne fait pas l’affaire de Théo (Adrien Letartre) avocat fraîchement diplômé, spécialisé dans le droit international. "Théo est plutôt geek mais il aime que les choses restent dans les clous, même si en termes de cybercriminalité, les lois restent floues. Au départ, il se méfie donc de Fran."

Face au challenge de prendre la suite de "La Trêve" et d’"Ennemi Public", les trois comédiens disent vivre cette "pression" positivement. "On espère tous que la série sera bien reçue. Je viens du théâtre et le cinéma m’attire; donc cette expérience est forcément positive" souligne Adrien Letartre.

"J’ai vu ‘La Trêve’et ‘Ennemi Public’et j’aimais bien. Donc j’étais excitée et, en même temps, stressée car c’est le premier rôle et je n’ai pas d’expérience de cinéma ou de série, comme je viens du théâtre. Mais un personnage comme celui-là ne se refuse pas", explique Olivia Harkay, résumant joliment la pensée de ses comparses. Les scènes les plus intenses sont encore à venir d’ici le 23 décembre. Résultat attendu au printemps 2017.