Médias/Télé

Depuis un an, "La Libre Belgique" suit les différentes étapes de modification du "décret coordonné sur les services de médias audiovisuels" (sobrement rebaptisé décret SMA). Ces modifications visaient notamment à renforcer l'égalité des sexes dans les médias. Elles s'expriment enfin de manière concrète puisque, pour la première fois, le Conseil superieur de l'audiovisuel belge (CSA) peut se prononcer sur le caractère ou non sexiste d'une publicité, imaginée pour Lidl et diffusée notamment, sur Nostalgie.

Il est notoire que les médias (au sens large) peuvent véhiculer des stéréotypes liés au genre.

D’après la publicité, par exemple, 60 % des femmes européennes sont exclusivement préoccupées par les tâches ménagères. Vingt-sept pour cent d’entre elles sembleraient bénéficier d’un emploi.

En Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB), la représentation des femmes à l’écran évolue mais n’est pas encourageante. Non seulement sous-représentées (elles constituent 51 % de la population belge mais deux tiers des intervenants en télévision sont des hommes), elles sont systématiquement reléguées dans des rôles passifs et dans les micros-trottoirs de l’information locale. Absentes des débats politiques - et sportifs - ainsi que de l’information nationale et internationale, elles sont vaguement identifiées, rarement interrogées dès qu’il s’agit d’expertise et accèdent difficilement à la parole.

Or, au-delà de la famille et de l’école, les médias jouent un rôle dans la perpétuation des stéréotypes liés au genre.
Ils influencent la perception du comportement que devraient adopter les hommes et les femmes et dès lors, " leurs aspirations futures ", indiquait Patrick Prévot, député PS à la FWB. Président du comité d’avis chargé d’examiner les questions relatives à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes, le député sonégien avait introduit, en décembre 2015, une modification de décret en vue de renforcer l’égalité homme/femme dans les médias audiovisuels
(y compris locaux).

Adoptée en Commission et votée en séance plénière (en juin 2016), la proposition introduit la notion de "stéréotype" pour tous les programmes radio et télé (en ce compris, la publicité) mais aussi pour Internet (Web radios, Netflix, Amazon, site des journaux, de la RTBF, RTL, etc.). Cela signifie que, si l’égalité homme/femme n’est pas respectée, le CSA peut désormais prendre des mesures coercitives.

Pour la première fois depuis l'entrée en vigueur des modifications décrétales, le CSA instruit un premier dossier sur une possible atteinte au respect de l’égalité entre les femmes et les hommes.

Le jury d'éthique publicitaire a lui aussi été saisi


L'instruction se base sur des plaintes d'auditeurs introduites auprès du CSA. Ces plaintes concernent une publicité radio imaginée pour Lidl, diffusée - notamment - sur Nostalgie. Il y est question de faire des économies en achetant des produits moins chers, de manière à pouvoir se " payer une femme délicieuse ", étant entendu que " les femmes délicieuses coûtent cher ".

Pour rappel, le CSA, en tant que régulateur du secteur audiovisuel, se prononce sur la responsabilité de la chaîne qui a diffusé ce spot. Et non sur la responsabilité de l'annonceur (Lidl). Ce sont les éditeurs de services (en l'occurrence les radios) qui, au titre de l’article 11 du décret SMA, sont tenus de veiller à ce que les communications commerciales qu’ils diffusent respectent le principe de l’égalité entre les femmes et les hommes.

Dans un premier temps, le Secrétariat d’Instruction du CSA analysera donc le spot. Si, à l’issue de ses recherches, le Conseil conclut à une infraction, il ouvrira un dossier d’instruction devant le Collège d’autorisation et de contrôle (CAC). Ce dernier décidera ensuite de notifier - ou non - un grief à l’encontre de l'éditeur. Dans l’affirmative, le Collège prendra une décision finale sur ce dossier, après avoir entendu les arguments de la chaîne concernée.

Le Jury d'éthique publicitaire (JEP) - qui a également été saisi - se prononcera quant à lui sur le respect de l’éthique par les annonceurs. En l'occurrence Lidl.