Médias/Télé

La commission médias du parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB) a entamé une série d’auditions dans le cadre de la renégociation du contrat de gestion 2018-2022 de la RTBF. Au cours de ces auditions, de multiples acteurs formulent des suggestions en vue de fixer les nouvelles missions de service public de la RTBF. A cette occasion, "La Libre Belgique" évoque plusieurs enjeux du prochain contrat de gestion, dont la parité homme/femme. Safia Kessas, responsable de la diversité au sein de la RTBF, parle de diversité à la fois "manquée" et "manquante".

37 % de femmes employées, 22 % dans le comité de direction, 38 % au sein du conseil d’administration. Quelles sont les raisons de ce déséquilibre ?

Le manque de diversité peut être lié à deux facteurs : soit il s’agit d’une diversité manquée, soit il s’agit d’une diversité manquante. A partir du moment où elle est manquante, c’est difficile de la faire exister de manière artificielle. Or aujourd’hui, des talents existent en interne. Il faut donc mettre en place des mesures d’accompagnement qui permettent de les faire progresser dans l’entreprise.

En 2015, le recrutement était composé à 45 % de femmes contre 41 % en 2014. La situation s’améliore mais pour surmonter le déséquilibre actuel, il faudrait dépasser le seuil des 50 %… Quelles sont les mesures mises en place pour atteindre ce seuil ?

On est désormais très proches des 50 %. Les ressources humaines tentent d’atteindre des publics différents depuis des années à travers, notamment, la formation (via la RTBF Academy) et des stages d’intégration (avec Actiris). Ceci permet de faciliter l’insertion en entreprise par l’intermédiaire d’un stage; d’une convention d’immersion professionnelle, d’une formation. Les ressources humaines ont également développé l’utilisation des réseaux sociaux pour le recrutement comme LinkedIn, Facebook, etc. Elles ont été formées à la diversité et l’égalité pour que la RTBF ressemble toujours plus à la société qui l’entoure.

Le contrat de gestion de la VRT 2016-2020 a pour la première fois imposé des quotas et le Conseil supérieur de l’audiovisuel s’y est également montré favorable au cours de son audition devant la Commission. Pourquoi la RTBF refuse-t-elle d’y recourir ?

Le contrat de gestion de la VRT parle "d’incitants" qui ne sont pas assortis de sanctions. Ce ne sont donc pas vraiment des quotas. Qui plus est, ils sont autour d’une trentaine de pourcents. Pour moi, ce n’est pas suffisant. Je rappelle par ailleurs que la RTBF, sans quotas, fait mieux. La notion de quota n’est pas en phase avec les valeurs que défend le service public. Nous défendons une diversité inclusive. Ça signifie que nous considérons que toute personne a sa place au sein de la société et donc, de l’espace médiatique. Imposer des quotas, c’est déjà dire qu’elles n’ont pas tout à fait la même place. C’est aussi imposer une façon de penser. Il faut d’abord donner du sens à la diversité car on fait ce qu’on veut avec des chiffres. Je suis favorable à la formation, la prise de conscience, l’ouverture, la rencontre mais pas à l’imposition pure et simple si elle n’a pas de sens.

Marvel, par exemple, a récemment féminisé ses personnages à travers des représentations très caricaturales pour respecter la parité…

Oui, c’est justement ce que reprochent les détracteurs des politiques de diversité. Ils reprochent de faire du politiquement correct. Mais si on réfléchit cette diversité, qu’on tente de lui donner du sens, qu’on en rend compte avec une résonance sincère et que les gens sont là pour les bonnes raisons, ça fonctionne. C’est une question de prisme. Quand la parité n’a pas de sens, quand elle n’a pas été réfléchie et qu’elle est artificielle, les gens ne s’y trompent pas.

Dans une interview accordée au "Moustique", Francis Goffin, le directeur des radios, a évoqué la tessiture des voix des femmes pour justifier la nouvelle grille très masculine de La Première…

La RTBF a été à l’écoute de son personnel par rapport aux propos de Francis Goffin. Aujourd’hui, cette question est discutée au sein d’un nouveau groupe de réflexion pour essayer de voir, avec les équipes, quelles sont les possibilités d’avancer et pour dépasser cette crise. Notre objectif est d’apporter un meilleur équilibre à la représentation des femmes. On pourra alors formuler des mesures correctives pour la rentrée. J’ai formulé cette demande dans les jours qui ont suivi la polémique. Je pense qu’il y a un décalage dans la présence des femmes dans le secteur de l’info et la présence des femmes dans les émissions. Il faut travailler et essayer de comprendre comment on peut améliorer cette situation. Est-ce que les talents sont là, en interne ? Comment peut-on les accompagner ? Je pense que la RTBF est vraiment sensible à cette question. L’égalité homme-femme est une priorité mais il y a beaucoup de contraintes. On s’investit dans "Expertalia" où on forme des femmes expertes à intervenir sur les antennes. Il faut aussi laisser le temps à cette stratégie de donner des effets.


La parité en chiffres

Plan d’action. L’article 63 du contrat de gestion définit différents axes de développements relatifs à l’égalité et à la diversité, notamment la mise en place d’un plan de promotion de l’égalité entre les femmes et les hommes au sein du personnel. En janvier 2012, le Conseil d’administration de la RTBF a approuvé un plan d’action triennal 2012-2014 visant à "favoriser l’égalité des chances femmes-hommes" et une personne chargée de l’égalité des chances a été désignée. En l’occurrence, Safia Kessas (lire son interview ci-contre). Dans l’avis 2015, le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) invitait la RTBF à procéder à une évaluation des plans d’action, notamment celui relatif à l’égalité femmes-hommes, ainsi que le prévoit le contrat de gestion. Lors du contrôle de l’exercice 2015, la RTBF a notamment déclaré que ses recrutements récents étaient composés à 45 % de femmes, contre 41 % pour 2014. "Cette augmentation va dans le bon sens, indique le CSA. T outefois, la RTBF ne pourra surmonter le déséquilibre actuel qu’en dépassant le seuil des 50 %. La répartition par genres reste en outre préoccupante dans le comité de direction qui ne compte que 22 % de femmes." A l’instar de ce qui se fait en Flandre, le CSA estime que la mise en place progressive d’objectifs plus précis dans le contrat de gestion de la RTBF pourrait utilement renforcer l’égalité. "Enfin, cette question s’adresse également au parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles en charge de la nomination du conseil d’administration qui compte un pourcentage similaire à celui du personnel, à savoir 38 % de femmes", a également relevé l’organe de régulation.