Médias/Télé

Une humeur de Guillaume Gautier

Son rire aussi bruyant qu'artificiel résonne encore dans les oreilles de ceux qui auront passé trop de temps devant France Télévisions pour suivre le Tour de France. Trois semaines durant, Gérard Holtz a une nouvelle fois occupé (voire monopolisé) l'antenne à coups de "face cam" égocentriques sur le bord des routes de France et de jeux de mots puisés dans un répertoire périmé depuis la fin des années nonante.

Les facéties de celui qui voulait être la star à la place des coureurs ont animé ce Tour 2014, lancé de plus belle par une bousculade avec la police belge au départ d'Ypres. Écarté de la route par un agent qui ne faisait que son travail, libérant la chaussée à quelques secondes du départ, Gégé se rappelle qu'il est acteur entre deux étapes et enchaine sur un théâtral "calmez-vous, calmez-vous s'il vous plait" en repoussant son "agresseur". La vidéo nommée "altercation entre Gérard Holtz et un policier belge" - un titre qui sent bon la parodie d'un sketch de Coluche par les Guignols - fait alors le tour de la toile.

Le deuxième sketch du one-man show le plus auto-caricatural du P.A.F. se déroule un soir de (nouvelle) désillusion pour Peter Sagan, battu par le flair de Tony Gallopin à Oyonnax. Visiblement déçu, le Slovaque se prête à l'exercice de l'interview avec Holtz en descendant du podium, sans faire semblant d'y prendre du plaisir. Le comble est atteint quand le journaliste demande à Sagan de signer la photo-finish de sa… défaite du vendredi précédent, qu'il compte ensuite offrir au vainqueur Matteo Trentin. Le malaise est plus que palpable, mais le Slovaque garde son sang-froid et signe, avant de couper court à une farce qui avait déjà trop duré.

La suite du Tour se passe presque sans histoires. Gérard se contente d'interviewer des enfants sur le bord de la route ou de faire chanter des "gens du terroir", tout en prenant évidemment soin de rester dans l'angle de la caméra. Vient ensuite la veille de l'arrivée, et la présence assurée de deux Français sur le podium. Évoquant Nibali et ses deux principaux rivaux, il s'attribue sans citation d'usage ni complexe le titre du journal L'Équipe "Le requin entouré de ses dauphins", tout fier de sa prétendue trouvaille.

Galvanisé par la deuxième place de Jean-Christophe Péraud, Holtz ajoute le chauvinisme en guise de cerise sur l'indigeste gâteau de ses trois semaines d'antenne. Il faut savoir que la dernière deuxième place française remonte à 1997, et à une place de dauphin de Virenque "derrière Jan Ullrich le tricheur" affirme plein d'aplomb Gégé, oubliant évidemment de mentionner qu'un certain Richard Virenque a été rattrapé par la patrouille une année à peine après cette deuxième place…

Interrogé après la fin du Tour, le patron des sports de France Télévisions a confirmé qu'il trouvait Gérard Holtz "exceptionnel", encensant son journaliste-animateur vedette à grands coups de superlatifs. Vu comme Daniel Bilalian continue à adouber aveuglément ses dinosaures, le journalisme sportif préhistorique de France Télé n'est pas prêt de changer d'ère.