Médias/Télé

RTL et la chroniqueuse, c’est fini. Emmanuelle Praet a accordé un entretien à la Dernière Heure.

Au placard les talons aiguilles et le maquillage, c’est en jeans et baskets qu’Emmanuelle Praet s'est présentée à l'interview juste après que la décision de RTL TVI fut tombée.

La chaîne a communiqué en début de soirée ce mardi avoir mis fin définitivement à la collaboration de la chroniqueuse de C’est pas tous les jours dimanche en télé et d’On refait le monde en radio.

Le vivre-ensemble n’est pas le vivre avec Emmanuelle”, lâche la journaliste qui donne directement le ton, comme à son habitude. Elle ne regrette aucun de ses propos tenus sur le plateau dimanche dernier.

Ce jour-là, en sortant du studio de l’avenue Georgin, Emmanuelle Praet était loin d’imaginer la suite. “Un des intervenants m’a même tapé dans la main en sortant en me disant : ‘Bon débat!’ On m’a par contre dit que des gilets jaunes m’attendaient à la sortie et on a ainsi déplacé mon véhicule en sous-sol pour ne pas que je les croise. Dans l’attente, j’ai croisé des collègues, dont Pascal Vrebos. Personne ne m’a rien dit du tout. Au contraire même, on m’a dit que j’avais très bien parlé. Vers 15 h, je reçois un message vocal de Georges Huercano qui dit que la direction a envoyé un communiqué de presse. Je le rappelle et je lui réponds que le fond de ma pensée était qu’on vote toujours pour les mêmes mais comme d’habitude, j’ai dû m’exprimer très brièvement puisqu’on me demande tout le temps d’être très courte à l’antenne.

Emmanuelle Praet se dit d’ailleurs convaincue que si elle avait remplacé le mot Ecolo par N-VA, elle serait toujours à l’antenne.

Réfugiée chez sa meilleure amie après cet appel, Emmanuelle Praet décide alors de se couper totalement du monde médiatique et des réseaux sociaux.

Cela a été l’occasion pour moi de réfléchir à ce que je voulais encore et ce que je n’accepterais plus. J’ai été le pantin de RTL pendant quasi dix ans. Je me suis demandé ce que je pouvais encore apporter dans un débat si je ne pouvais plus exprimer mes idées. J’ai bossé dur pour cette émission du dimanche. J’ai toujours préparé mes débats toute la journée du samedi ainsi que la matinée du dimanche.”

“Je n’ai pas incité à un vote. J’ai invité les gens à réfléchir avant de voter, c’est totalement différent. Beaucoup votent par automatisme. Cela m’est complètement égal pour qui chacun vote. J’ai simplement invité à la réflexion intellectuelle. Je ne comprends ce que j’ai dit de mal mais c’est le libre choix de mon employeur de l’interpréter autrement.

Et la chroniqueuse, journaliste judiciaire à la base, d’ajouter qu’aucun journaliste n’est neutre. “Je ne considère pas qu’il est question ici d’un débat sur la liberté de la presse mais bien sur la liberté d’expression. Et je remercie toutes les personnes qui saluent cette liberté qui n’est manifestement pas chère à RTL puisqu’ils estiment que j’ai franchi la ligne rouge.”

Emmanuelle Praet rappelle aussi que RTL est venue la chercher alors qu’elle était journaliste judiciaire depuis plusieurs années (à la DH). Ils m’ont utilisée telle une marionnette et n’ont plus voulu que je sorte de ce rôle. Pourtant, des idées de journaliste, je leur en ai donné une série !

Sans dire pour autant qu’elle est soulagée, la chroniqueuse confie qu’il devenait éprouvant pour elle de se rendre chaque dimanche sur le plateau, la boule au ventre. “En radio, la place était vraiment laissée au débat. Dans 'On refait le monde', l’ambiance était totalement différente. Le dimanche, je craignais toujours d’avoir dit quelque chose de mal et qu’on me tombe dessus. On me donnait de moins en moins la parole. Cela devenait inaudible pour moi. Mais je n’avais pas le choix. Je suis une femme seule avec deux enfants.

Sans vouloir jouer “la Cosette”, Emmanuelle Praet confie aussi avoir connu le chômage l’an dernier. “Je n’avais pas d’amis à RTL mais je n’en cherchais pas. Je n’étais pas là pour cela. Je suis une personne très sensible et je remercie tous ceux qui me soutiennent depuis dimanche.”

Y compris Theo Francken, qu’elle confesse n’avoir rencontré qu’une fois sur un plateau télé.