Médias/Télé

"Papy Voise". En 2002, l'homme portant ce sobriquet a été à l'origine d'une violente controverse sur le rôle des télés, voire a influé, à son corps défendant, sur le résultat inédit du premier tour des présidentielles.

Le 18 avril 2002, trois jours avant le premier tour, Paul Voise, modeste septuagénaire résidant dans la campagne près d'Orléans, est agressé par deux voyous qui boutent le feu à son pavillon. Le lendemain, TF1 bombarde en Une le visage tuméfié du vieillard sanglotant sur les ruines de sa maisonnette. Un plan de coupe montre la journaliste lui prenant la main. Le candidat Chirac dit son "horreur" devant cet acte "inqualifiable". La droite tire à boulets rouges sur le bilan sécuritaire du candidat Jospin. LC1 repasse 19 fois le sujet pendant la journée. Le lendemain, TF1 remontre Paul Voise en larmes à sa sortie de l'hôpital - Claire Chazal est à nouveau ostensiblement très émue. Les chaînes de service public embraient. Toutes les télés en font des tonnes sur l'insécurité. Le 21 avril, Jean-Marie Le Pen est au second tour.

Aussitôt, la gauche hurle. Le socialiste Julien Dray attribue à TF1 "une part particulière de responsabilité" dans l'exacerbation du sentiment d'insécurité. Des associations de défense des droits de l'homme ou de vigilance médiatique jugent que "les gens ont été intoxiqués par le tube cathodique". TF1, folle de rage, dément toute "volonté politique particulière" et renvoie la responsabilité aux agences de presse.

Les relevés d'antenne effectués par la suite, toutefois, seront accablants pour les télés. Du 1er au 21 avril 2002, TF1 a diffusé 54 sujets sur l'insécurité, dont 5 pc seulement sous l'angle positif (initiatives de prévention qui marchent, etc.). Pendant les trois semaines suivant le 22 avril 2002, en revanche, elle n'a plus consacré que 10 sujets à ce même thème, dont 40 pc sous l'angle positif. Toutes chaînes confondues, de janvier à mai, les JT ont consacré 18766 sujets à la délinquance, soit 987 en moyenne par semaine. L'insécurité a été médiatisée deux fois plus que l'emploi et huit fois plus que le chômage. D'après l'Intérieur, pourtant, cette période n'a pas été marquée par une recrudescence particulière de la criminalité. (B.DL.) (à Paris)