Médias/Télé

ENTRETIEN

Le duo Lamensch-Libon est à l'image de ses émissions: truculent, fantasque, imprévisible, gouailleur et j'en passe... À les voir s'esclaffer, s'interpeller et s'expliquer durant plus d'une heure, un constat s'impose: 17 années de travail côte à côte les ont soudés comme un vieux couple à la Dupont-Dupond, la vivacité en plus... Ils s'emboîtent le pas, se corrigent en choeur, ne pouvant s'empêcher de terminer la phrase de l'autre ou de surenchérir à tout propos. Visiblement galvanisés par la sortie d'une partie de leur oeuvre en coffret DVD et dans quelques grandes salles de cinéma, ils remontent avec délice la piste du succès, se livrant pratiquement à un numéro d'illusionniste, repêchant qui une photo, qui une liste oubliée, etc. On jurerait un numéro comique si l'un et l'autre n'étaient, en définitive, si précis, si investis.

Pendant que l'un (Jean Libon) s'occupe du «suivi de tout ce qui se fait: Strip-Tease en Belgique et en France, Tout ça pour les tournages, montages, etc.», l'autre (Marco Lamensch) reçoit les (jeunes) réalisateurs qui viennent avec de nouvelles propositions, visionne les heures de rushes, reprend contact, fait de la prospective, etc. «Sur cent personnes vues, il y en aura seulement cinq que l'on reverra et une ou deux qui, finalement, donneront quelque chose.» Une entreprise qui privilégie l'humour, la réalité et l'inattendu mais qui ne laisse rien au hasard.

Pour mettre de l'ordre dans une conversation à bâtons rompus et, parfois, pour réaiguiller le débat, nous avons choisi cinq mots-clés sur lesquels ils ont réagi. Première salve.

Le titre: Strip-Tease

En choeur: «On voulait sortir de titres originaux façon Actuel, Envoyé spécial, Reportage, Zoom, Droit de savoir, etc.» (rires) «J'avais entendu une expression géniale savoureuse: «encore une comme celle-là et je m'envole», ça me plaisait bien», se souvient Marco Lamensch. «On a proposé kipkap mais on nous a dit que c'était trop bruxellois!»

Puis, un jour, une inscription sur une cassette attire leur regard «strip-tease amateur». «On s'est dit: bon sang mais c'est bien sûr! Tout de suite, on nous a demandé: «pourquoi un titre en anglais?» On a proposé à poil et ça a été réglé.» Le souvenir n'a pas fini de ravir de vieux briscards pas si éloignés des jeunes farceurs d'alors.

«Nous avons parié sur l'intelligence du téléspectateur, reprend plus sérieusement Jean Libon. Et puis nous avons conçu un emballage: musique, générique, etc. qui donne un minimum de pistes et un ton. L'ambiguïté en définitive ne dure qu'une heure. Une fois qu'on a vu Strip-Tease on sait de quoi ça parle. Mais c'est vrai que le titre a beaucoup déplu, au départ. Avec des journalistes qui écrivaient: «cette émission qui vaut mieux que son titre» ou «Strip-Tease, la meilleure émission de la télévision actuelle, hélas».» (Rires.)

La méthode du réel

La méthode Strip-Tease est connue et n'a pas varié: une longue immersion avant le début du tournage, pas de voix off, le moins d'interventions possibles si ce n'est quelques questions, un genre qui a fait ses preuves et essaimé jusqu'en France.

«Au Nom de la loi et Strip- Tease ont eu pendant vingt ans des courbes d'audience constantes, rappelle Jean Libon. C'est la preuve qu'il y a un style qui était suivi.» Marco Lamensch renchérit: «On a maintenu le cap et fait grimper l'audience sans jamais viser en dessous de la ceinture. Et puis on a été compris et suivis par le public plus vite même que par la direction. (...) Aujourd'hui je suis persuadé que si on venait avec une idée telle que celle de Strip-Tease, personne n'en voudrait.» Marco Lamensch, pas convaincu, avance cependant: «J'ai l'impression que pour beaucoup, l'intérêt du documentaire, c'est l'audience à un coût de revient bien moins élevé que celui de la fiction. Sauf pour L'Odyssée de l'espèce, bien sûr.»

«Par rapport à cette forme de documentaire, il y a un malentendu fondamental, poursuit Libon. On nous demande parfois d'écrire le scénario et même les premiers dialogues entre les personnes, six mois avant le tournage. Pour moi, c'est un manque total de sérieux. Le scénario rassure mais ne prouve rien. Je connais un type qui écrit très bien - je ne donnerai pas son nom -, il a une plume magnifique, mais ses films sont soit infaisables, soit d'un intérêt limité. Il n'a jamais fait un film correct.»

La musique: Combo belge

Strip-Tease, c'est aussi un générique et une musique gravés dans les mémoires. La légende de la musique malienne est-elle exacte? On raconte que Marco Lamensch avait sur une vieille cassette un morceau qu'il trouvait chouette intitulé «Batumambe». «On cherchait une musique pour notre générique mais on ne voulait pas un style qui soit trop identifié: classique, rock ou jazz parce qu'on pensait que cela exclurait une partie du public. On connaissait une bande de copains de la Cambre qui avaient monté une fanfare, Olivier Deleuze en faisait partie. Ils faisaient de l'agit prop dans toutes les manifs à l'époque, avec leur Sauce Riche Fanfare. On leur a proposé de réenregistrer Batumambe dans une version moins lente. Ils sont venus à une quinzaine et quelques membres de l'équipe avaient apporté des casseroles et des instruments improbables. Mais, au départ, on était consternés parce que tout cela était trop propre, sans bavures. On les a fait recommencer mais cela n'allait toujours pas. Alors, soudain, on a eu une idée: on est revenu avec 20 bouteilles de vin et de quoi manger. On est resté à table deux heures et après, cela allait beaucoup mieux... (rires) »

«C'est bizarre mais cette musique, une des plus connues de l'histoire de la RTBF, n'a pas été reprise sur le CD des génériques des cinquante ans», note Marco Lamensch soudain grinçant.

Dimanche 21, 28/3 et 4/4, la deux s'offre «la compil» de Strip-Tease: trois soirées pour retrouver la famille De Becker, Flesh Gordon et tant d'autres. Début à 20h20.

© La Libre Belgique 2004