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Seconde Guerre mondiale. Paris est occupé. Pourtant, " les chanteuses chantaient, les strip-teaseuses se déshabillaient et les cinéastes filmaient ". Dans L’Occupation sans relâche. Les artistes pendant la guerre H H H , proposé ce soir sur La une, Philippe Pouchain et Yves Riou plongent au cœur de la vie artistique parisienne sous occupation allemande. Une période foisonnante mais complexe, contée par des historiens et témoins directs, dont l’auteur Pierre Barillet. Les deux réalisateurs le revendiquent : ils rejettent toute " contre-vérité ", ce qui ne leur vaut pas toutes les sympathies, particulièrement lorsqu’ils minimisent le sort des déportés. En apparence seulement. Car ne vous méprenez pas, il ne s’agit là que du choix d’un propos, anglé sur les choix de conscience de Fernandel, Joséphine Baker, Guitry, Tino Rossi, Jouvet, Piaf, Arletty et les autres.

Accusés de collaboration, d’insouciance, de lâcheté, d’oisiveté, d’orgueil ; leurs motivations - défendables ou non- étaient surtout personnelles. Mobilisés sur le front pour soutenir le moral des troupes, instrumentalisés pour maintenir le calme et l’insouciance parisienne, au service de la propagande de Vichy à l’étranger. Mais entre la noire collaboration et la blanche résistance, la plupart d’entre eux ont adopté l’ambivalence grisée.

1940-1941, l’opinion publique est - presque - unanime : la France sera définitivement allemande. Alors, ils chantent : "Vive la vie, vive l’amour !" Alors, ils jouent la joie de vivre et les bons vieux classiques. Maurice Chevalier et Fernandel fredonnent sur Radio Paris, tout comme Simone de Beauvoir y récite ses chroniques. Alors que Louis Jouvet entame une tournée en Amérique latine, financée par le gouvernement de Vichy, histoire de promouvoir le modèle "Pétain". Viviane Romance et les autres s’engouffrent dans le train de la honte, tout comme Danielle Darrieux pour sauver son mari. Pendant ce temps, Edith Piaf et Charles Trenet amusent la galerie allemande.

La logique du spectacle se veut permanente mais Jean Renoir, Jean-Pierre Aumont et Jean Gabin lui préfèrent l’exil américain.

1942-43, c’est le déclic Et si les Allemands s’en allaient ? Opportunistes surtout, leur veste se retourne aussi rapidement que le vent change de direction. Mais, 1944, retentit déjà le glas. C’est l’heure de rendre des comptes.

Les "saucisses" les premières, Mireille Balin et Arletty, responsables de "collaboration horizontale", se veulent les coupables idéales. Alors qu’Arletty a rejeté sans relâche les propositions insistantes de la Continental à participer à des films de propagande sous l’Occupation. A l’inverse de Fernandel, pourtant consacré par la foule. Tout comme Maurice Chevalier, protégé par Aragon et Jouvet qui, un an auparavant, s’était finalement rallié au Comité libre français en Colombie. L’histoire oubliait déjà Michel Simon, Harry Baur, Jean Marais, Robert Lynen et les autres.

Un documentaire, sans candeur baveuse, soutenu par des archives allemandes et françaises, et qui éclaire d’un jour inédit une période sombre de l’histoire de France. Loin des généralités admises et revanchardes.