Médias/Télé Larmes, cris et dégout. Voilà les mots qui revenaient en boucle ce lundi soir après que la direction de France Télévisions ait annoncé aux équipes des magazines "Envoyé spécial" et "Complément d'enquête" qu'ils perdaient 21 de leurs 27 équivalents temps-plein.

Les données sont connues depuis plusieurs jours, France Télévisions doit économiser 47 millions d'euros sur son budget 2018. Après avoir déclaré vouloir supprimer 66 équivalents temps plein sur les 1338 que compte la rédaction de journalistes à France Télévisions, la direction de l'info aurait corrigé sa proposition à "moins d’une quarantaine d’équivalents temps plein". Mais parmi ceux-ci, 21 travaillent pour les magazines d'investigation "Envoyé spécial" présenté par Elise Lucet et "Complément d'enquête" présenté par Thomas Sotto. Sur les 27 emplois que comptaient ces deux émissions, 80% passent donc à la trappe.

Dans le détail, "17 CDD ne seront pas renouvelés en juin, et quatre journalistes en CDI vont être transférés au JT. Sur les 27 reporters que comptent actuellement les deux magazines, seuls six vont être maintenus à leur poste. Impossible dans ces conditions de faire une soirée par semaine. La grande majorité des reportages seront désormais confiés à des sociétés de production extérieures", confie un journaliste de la rédaction au Parisien.

Du côté de la direction interrogée par L'Express, ce scénario n'est pas un plan définitif mais une "piste d'étape avancée". "La réunion de ce lundi n'était pas conclusive" précise la direction qui ajoute toutefois que "les arbitrages définitifs doivent être pris avant la fin de la semaine".

Initialement, Delphine Ernotte, la présidente du groupe, souhaitait réduire le nombre d'émissions pour supporter ces économies. De trois diffusions par mois pour les deux magazines actuellement, le plan ne prévoyait plus que deux diffusions mensuelles pour "Envoyé spécial" et une diffusion mensuelle pour "Complément d'enquête".

La direction serait finalement revenue sur cette idée en gardant trois diffusions par mois (en alternance avec "l'Emission politique" présentée par Léa Salamé) tout en prévoyant de raccourcir la durée de ces émissions. Mais avec six équivalents temps plein (deux à "Complément d'enquête" quatre à "Envoyé spécial"), ce rythme semble tout à fait intenable.

"Ils gardent l’usine mais ils enlèvent tous les ouvriers", résume un journaliste au Parisien."Ces marques vont être des coquilles vides. Et pourtant, maintenant que l’investigation a disparu de Canal+, ces magazines sont les seuls du PAF à faire de l’investigation et du grand reportage. Quelle société extérieure va oser s’attaquer à un magnat des médias comme Vincent Bolloré ?", s'interroge un reporter de "Complément d’enquête" qui évoque là le fait que deux reporters, Tristan Waleckx et Matthieu Renier, aient obtenu en juillet dernier le prestigieux prix Albert Londres pour une enquête sur Vincent Bolloré.

Pour la direction, point d'acharnement sur les magazines d'investigation puisque les journaux télévisés doivent également faire des économies. Depuis novembre, ceux-ci doivent réaliser un reportage en moins chaque soir.

Ce mardi, la Société des journalistes (SDJ) de France 2 rencontre Delphine Ernotte pour rediscuter du projet. À 16h30, après cette réunion, la SDJ devrait tenir une assemblée générale afin de voter une motion de défiance envers la présidente du groupe France Télévisions.


Mise à jour

Ce mardi, peu après 13h, la direction de France Télévisions a signalé qu'elle maintenait le rythme de diffusion des magazines et que trois équivalents temps plein seraient supprimés (voir ici)