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À la manière d'un chasseur de papillons, érudit et sans âge, Michel Andrieu filme ses personnages comme des spécimens uniques portés par la brise de 68. Dans "Les vacances de Clémence"** (FR2, 20h50), il a jeté son dévolu sur Laëtitia Spigarelli, Clémence, une jolie chrysalide dont on suit l'éclosion sur un an, jusqu'en mai de cette année-là. Pour "saisir un moment particulier, le moment "d'avant"" ce réalisateur a eu la bonne idée d'épingler la jeune comédienne aperçue récemment dans "Les amants du Flore" et au cinéma dans "La Frontière de l'aube" de Philippe Garrel ou encore "Actrice" de Valéria Bruni-Tedeschi. Elle possède ce type de beauté impassible qui semble vouloir se laisser engloutir par le regard des hommes, et qui, irrésistiblement, sans bruit, retient tout en elle, intègre toutes les révolutions subtiles d'une génération qui la feront imploser tranquillement. Un personnage imprévisible qui nourrit des fins inattendues...

Clémence s'affaire dans la petite cuisine de son appartement, dans la lumière du port de Saint-Nazaire et son atmosphère ouvrière. Elle est devenue femme au foyer depuis qu'elle est tombée enceinte, juste avant le bac, de Gérard (campé par Guillaume Verdier qui sait si bien jouer les machos paumés). Elle élève tendrement leurs deux enfants de 6 et 8 ans tandis que son époux est ouvrier dans une petite entreprise de mécanique sous-traitante des chantiers navals. Il n'hésite pas à faire des heures sup. pour lui apporter tout le bonheur - comprenez tout le confort - incarné par une machine à laver.

Malgré ce cadeau, Clémence ne semble pas trouver le chemin du bonheur. Elle a appris de sa mère Espéranza (Laura Del Sol en veuve anarchiste espagnole très digne) qu'il existe d'autres voix possibles. Une brèche dans sa vie d'épouse rangée va alors s'ouvrir au moment où elle retrouve une amie perdue de vue, Agnès (Julie-Marie Parmentier, encore une belle comédienne) qui milite dans les réunions du planning familial. Clémence, qui abandonne son torchon de cuisine pour sortir avec les copines, y rencontre Jérôme, prof de philo amateur d'amour libre (joué par Dimitri Rataud en version plus sexy et moins ambitieuse de Jean-Paul Sartre). Contre toute attente, Clémence quitte mari et enfant pour vivre, à sa manière, l'utopie amoureuse de 68 et jouir de ses premières vacances de femme au foyer.

Michel Andrieu connaît bien l'époque qu'il a restituée ici par 1001 détails sonores et visuels. En mai 1968, il a filmé l'occupation des usines dans son documentaire "Nantes, Sud-Aviation". Depuis, il a écrit une trentaine de scénarios et réalisé pour le cinéma. Il a co-écrit ce scénario avec Jean-Pierre Carasso, traducteur littéraire. C'est à lui que l'on doit notamment toutes les traductions d'Howard Buten, ce qui représente déjà, en soi, un gage de qualité.