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Le goût a beau être identique, la saveur n’est plus tout à fait la même depuis un certain 31 janvier 1987. Ce jour-là, Françoise Van de Moortel ouvre le JT de la RTBF par un chiffre : 4,7 milliards de francs. Soit le montant déboursé par le groupe suisse Jacobs-Suchard pour racheter Côte d’Or, au double de sa valeur boursière

Après la faillite de la Sabena, l’excellente nouvelle émission d’Elodie de Sélys Ce jour-là H H, qui succède à "Zoom Arrière", revient sur une autre journée noire pour la belgitude, qui vit le dernier grand chocolatier belge tomber dans l’escarcelle du géant suisse. Pour ce faire, de Sélys retrouve, 22 ans plus tard, Baudouin Michiels, l’homme-clé de cette "journée un peu folle", qui affirme avoir "été surpris par l’importance des réactions et par leur caractère très affectif". Aujourd’hui comme à l’époque, l’ancien directeur général de Côte d’Or justifie ce choix de s’adosser à Suchard - on apprend que cela s’est fait en dernière minute, car le grand favori était Nestlé - au nom de l’extension nécessaire de Côte d’Or. La conséquence, ce sera la fermeture de l’usine bruxelloise près de la gare du Midi, une réduction drastique de personnel et le transfert du conchage (étape cruciale dans la fabrication du chocolat) chez Callebaut, déjà racheté par les Suisses. Une grève s’en suit, où le personnel exige le maintien de la qualité et refuse la cession des secrets de fabrication de Côte d’Or à Suchard

Mais, comme à son habitude, l’émission ne se contente pas de retracer cette journée particulière. Elle revient également sur la décision de l’Union européenne en 2000, sous la pression des industriels (et notamment de Baudouin Michiels), d’autoriser le remplacement d’une partie du beurre de cacao par de l’huile végétale dans la fabrication du chocolat. "Ce jour-là" revient surtout sur l’histoire d’une marque née en 1883 et qui a toujours misé sur la qualité et la publicité - l’éléphant comme symbole est un coup de maître - pour conquérir le cœur des Belges, voire façonner leur goût. Restée familiale pendant plus d’un siècle, l’entreprise entre en Bourse en 1984, avant d’être rachetée par Jacobs-Suchard en 1987. Trois ans plus tard, les Suisses tombent à leur tour dans l’escarcelle du groupe cigarettier américain Philip Morris, qui ne reprend pas Callebaut. Une bonne nouvelle pour Côte d’Or, qui redevient maître de l’ensemble du processus de fabrication de ses chocolats. Aujourd’hui intégré à la division Kraft Food du géant américain, Côte d’Or est toujours fabriqué en Belgique. Comme si la marque et son pays natal étaient indissociables