Médias/Télé DÉSIR Entretien

Devant la caméra de Benoît Cohen, Florence Thomassin apporte ses pas de côté et sa fragilité apparente au personnage de Rita. Cette rockeuse brisée était la chanteuse des "Tiger Lily", groupe rock féminin des années 80, dont les quatre membres sont restés soudés malgré l’arrêt de l’aventure, suite à la mort tragique de leur manager, Théo. Une série en 6 épisodes lancée mercredi dernier sur France 2.

Rita est à ce moment où elle peut s’accrocher encore au passé ou se libérer…

Il y a urgence pour elle à vivre sa vie intime. Rita est une Pénélope des temps modernes. Théo, son "Ulysse", est mort, mais elle attend toujours son retour. C’était intéressant de jouer cette femme qui n’arrive pas à donner son corps. Jusque dans la nourriture, elle dit non à la chair. Depuis 20 ans, elle n’a ni fait l’amour, ni chanté, et c’est triste. Je souhaite que toutes les femmes accèdent au plaisir. Il n’y a pas d’âge pour redécouvrir l’amour. Rita doit apprendre à dire "oui". Elle souffre par ailleurs d’un handicap, et porte à la jambe une grosse cicatrice qui peut créer de la pudeur par rapport à l’intimité, alors qu’à 20 ans, elle a été une figure de désir et de sensualité, une bête de scène peu farouche. Cela m’a aussi intéressée de visiter cela.

En quoi ce rôle résonne-t-il avec votre propre vécu de femme ?

J’aime beaucoup jouer les mamans, parce que je suis stérile et ne pourrai plus avoir d’enfant. Le fils de Rita est sa plus grande réussite. J’ai aussi l’âge du rôle et ce n’est pas facile de vieillir pour une femme, de voir notre corps, notre peau vieillir, notre vue baisser, nos gencives qui se déchaussent, la ménopause C’est violent, et cela l’est d’autant plus pour une actrice. Cela demande beaucoup d’humilité d’accepter d’être comme une vieille Indienne. Certains matins, j’ai mille ans, et certains matins, j’ai cinq ans. Mais s’il y a la lumière et l’harmonie dans notre vie, cela aide beaucoup à accepter la décrépitude. Le maintien que j’ai dans le corps, grâce à la barre au sol, au yoga, au Chi Qong, m’aide. Et l’imagination est ma liberté. Je la cajole, je l’arrose. Ce qui me sauve, ce sont les petits brins d’herbe qui poussent entre les dalles. Alors, je crois à Dieu, à la force.

Les personnages que vous incarnez ont souvent une fêlure.

C’est peut-être pour cela qu’on m’a proposé le rôle. Maintenant, je peux vous parler, ça va beaucoup mieux. Mais j’étais un petit animal limite autiste, et vis-à-vis de ma personnalité, la télé a été plus courageuse que le cinéma. C’est Jacques Ertaud qui m’a imposée à TF1 et donné mon premier rôle, celui de Catherine Courage (en 1993, NdlR), première femme prolétaire à devenir médecin au début du XXe siècle. J’ai appris mon métier face caméra grâce à la télévision.