Fusion des rédactions de France 2 et France 3

Caroline Gourdin Publié le - Mis à jour le

Médias/Télé Correspondante à Paris

Le projet a été annoncé mardi après-midi lors d’un Comité central d’entreprise par le patron de France Télévisions Rémy Pfimlin. D’ici à 2015, les rédactions de France 2 et France 3 vont fusionner pour ne former qu’une "news factory" de 600 journalistes encartés.

Si le président du groupe public préfère le mot "intégration" à celui de "fusion", la révolution est en marche et suscite des remous à France Télévisions. La direction de l’information avait promis il y a peu qu’elle s’en tiendrait à une mutualisation des moyens techniques et à des synergies entre les rédactions.

Le contexte budgétaire n’est pas étranger à ce revirement. Au manque à gagner de 55 millions d’euros de revenus publicitaires pour l’exercice 2012 s’ajoutent un gel de 21 millions d’euros de la dotation budgétaire de l’Etat, et une baisse annoncée de 4 % des ressources publiques en 2013 (100 millions d’euros de moins).

Peut-on craindre un plan social ? S’il n’est pas envisagé, Rémy Pfimlin ne s’interdira pas d’aller au-delà des 500 départs (non contraints) déjà prévus dans le contrat d’objectifs et de moyens 2011-2015.

"Une fusion ne peut se faire sans casse sociale. Et s’il y a des restructurations, nous sommes les premiers concernés à la rédaction nationale de France 3", avance Joy Banerjee, représentant syndical SNJ-CGT et JRI (journaliste reporter d’images) à France 3 national.

Baptisé "info 2015", ce projet de rapprochement concerne, concrètement, les rédactions de France 2, France 3 national et la rédaction numérique. La rédaction de RFO n’est pas concernée dans un premier temps.

"Nous allons créer une grande rédaction de France Télévisions pour créer des contenus diversifiés d’information. D’un côté, il y aura encore des équipes dédiées à chaque offre d’information pour donner plus de couleur : le 20 h de France 2, le 19/20 de France 3, les magazines d’info garderont leur identité. De l’autre, une grande rédaction travaillera pour les différentes chaînes, les contenus web et les applications mobiles", explique Jérôme Cathala, directeur des magazines d’information de France Télévisions. C’est lui qui pilote le projet, en concertation avec le patron de l’information Thierry Thuillier et des journalistes issus des rédactions (dont Hervé Brusini).

C’est dans un climat social dégradé que cette annonce a été (mal) reçue. Dès mardi, les élus du Comité central d’entreprise ont voté un droit d’alerte et les représentants syndicaux se sont opposés au projet, organisant mercredi une Assemblée générale.

"Nous craignons la fin du pluralisme de l’information. Même si on nous promet qu’il n’y aura pas de remise en cause du périmètre des éditions, on ne pourra garantir l’indépendance éditoriale de chaque rédaction. Les journalistes alimenteront des tuyaux. Et si on voit les mêmes sujets sur France 2 et sur France 3, la tentation sera grande de faire disparaître la rédaction nationale de France 3", s’inquiète Joy Banerjee.

Notant au passage la souffrance au travail (pointée par un rapport de la médecine du travail), un de ses collègues du service étranger à France 3 enfonce le clou : "France 3 se cantonne à de l’info conso. On doit faire du franco-français, du concernant. Nous sommes sacrifiés au bénéfice de France 2, qui se garde l’international et les sujets intéressants. Cela fait près d’un an que je ne suis pas parti en reportage à l’étranger."

Conscient des inquiétudes de rédactions qu’il connaît bien, Jérôme Cathala insiste sur l’urgence de ce projet face à la "concurrence accrue des chaînes de la TNT et au tsunami numérique qui modifie les usages de notre public. La BBC, Radio Canada, les télés publiques allemandes, la RTBF ou la TSR ont aussi des équipes intégrées. Cette rédaction d’avenir offrira de formidables opportunités aux journalistes, qui ne seront pas sacrifiés."

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