Médias/Télé Contraint de quitter "Thalassa", son capitaine nourrit encore des projets pour la télé. Rencontre 

Après plus de "quarante ans de maison", Georges Pernoud est forcément "triste" de devoir quitter le navire. "En colère" aussi contre cette "loi Sarkozy qui oblige à un départ à la retraite quand vous atteignez 70 ans". Georges Pernoud passera en août le cap de cet âge respectable, mais n’a pas perdu son envie de télévision.

Des rencontres, des lieux

Encore en négociations autour de son départ, le créateur de "Thalassa" et de "Faut pas rêver" fourmille de projets. "J’aimerais continuer, différemment. Mais je vais devoir faire le tour des chaînes", confie-t-il à bord du "bateau Thalassa". Arrimé à quai non loin du siège de France Télévisions, il abrite l’équipe qui gère l’émission.

Concrètement, l’émission dont il imagine les contours pourrait s’enrichir de rencontres, dans des lieux choisis, avec des personnalités proches de la mer ou non, mais que le sujet intéresse. Ainsi, son ami, l’écrivain Erik Orsenna, qui signa la préface de son ouvrage "Bon vent !", publié en 2015 aux éditions Montparnasse, pourrait être un excellent client. "Il vit en face de Paimpol, possède un bateau et fait encore de la compétition."

Passé d’un rythme hebdomadaire à un rythme mensuel en septembre 2016, avec une audience moyenne de 1,6 million de fidèles, "Thalassa" pourrait demeurer à l’antenne, sans Georges Pernoud, à la rentrée prochaine. Le concept ne lui appartient pas. "J’ai fait l’erreur de ne pas déposer la marque moi-même", regrette-t-il. Au moment de lancer "Thalassa, le magazine de la mer", il était caméraman à l’info de FR3 et n’avait pour toute expérience du magazine que deux émissions d’une demi-heure, diffusées à 19h30 et 20h, consacrées au volcanologue Haroun Tazieff et à une course à la voile en Croatie.

"Le directeur de l’antenne de l’époque, Maurice Cazeneuve, a d’emblée dit oui au projet, à condition de le réaliser à FR3 Marseille, alors en sous-emploi", explique ce fils de journaliste. Né au Maroc, Georges Pernoud a eu une scolarité chaotique. Arrivé en France à l’adolescence, il est touché par le virus de la mer lors d’une course autour du monde, entre Plymouth et Cape Town.

Se nourrir à marée basse

Georges Pernoud garde de ces longues années passées à la tête du magazine "Thalassa" une vraie "fierté pour l’équipe importante" qu’il a "réussi à monter", et des milliers d’anecdotes nourries de rencontres avec des hommes et des femmes au tempérament forgé par la mer et ses caprices. C’est avec moult détails qu’il nous évoque tel patron de pêche "angoissé avant chaque sortie en mer", ou tel passionné de voile bichonnant son gréement, rencontré lors d’une promenade rituelle sur le port de chaque ville côtière où il débarque.

L’émotion affleure repensant à ce portrait diffusé lors d’une spéciale pour les 40 ans du magazine, celui d’ "Ernestine, trouvant sa nourriture chaque jour à marée basse".

Au-delà des rencontres humaines, l’image est toujours demeurée au centre de ses préoccupations. "On ne peut faire un bon film qu’à partir du moment où l’image est bonne", martèle celui qui connut encore les tournages sur pellicule et les 12 kilos de matériel à trimbaler en reportage.

Une fondation pour l’écologie ?

La pédagogie et l’écologie achèvent de compléter le bréviaire de cet autodidacte, toujours en quête de découverte. D’ailleurs, pour occuper son temps, il se voit bien bâtir une "fondation" à l’aide d’un ami récemment enrichi. "J’aimerais encourager l’apprentissage de l’écologie dans les écoles. Deux heures par mois seraient déjà bien", sourit le capitaine en partance. Son paquebot s’aventura souvent sur le terrain essentiel du développement durable, notamment dans des documentaires de 110 minutes, consacrés aux réfugiés climatiques du Vanuatu ou à l’expédition Tara en Antarctique.

L’avenir de Georges Pernoud, éternel optimiste, c’est aussi sa famille, son épouse (depuis 1973), ses deux filles, l’une journaliste, l’autre chargée de production, et une petite-fille, Maé. "C’est un nom breton. Elle a déjà pigé le truc de l’écologie." Une retraite paisible en Dordogne ? Peu probable pour ce bourlingueur, toujours prêt à reprendre la mer.


"Thalassa", 42 ans à l’antenne

27 septembre 1975 : première diffusion de "Thalassa" sur FR3. Emission mensuelle de 30 minutes, le samedi à 20 h.

4 janvier 1980 : Georges Pernoud présente pour la première fois le magazine, désormais hebdomadaire, en deuxième partie de soirée.

10 novembre 1989 : "Thalassa" passe en première partie de soirée, à 20 h 30.

Saison 2004-2005 : création de "Planète Thalassa", "premier partenariat entre France Télévisions et le groupe Canal+", rappelle Georges Pernoud, qui a initié l’idée de cette chaîne thématique. Elle cessera d’émettre le 1er janvier 2016.

Septembre 2008 : création du site "Les Sentinelles du littoral", un espace participatif où les internautes peuvent mettre en ligne des photos, vidéos et informations concernant le littoral français. Les meilleurs extraits sont montrés à l’antenne.

Saison 2011-2012 : Laurent Bignolas et Sabine Quindou accompagnent Georges Pernoud, dans un nouveau tour du littoral français. "Thalassa" cède sa place, un vendredi par mois sur France 3, au magazine "Faut pas rêver".

Septembre 2016 : le magazine redevient mensuel comme à ses débuts.

Avril 2017 : Georges Pernoud annonce son départ de "Thalassa".