GoogleNews effraye les «vrais» médias

Cédric Petit Publié le - Mis à jour le

Médias/Télé

Des algorithmes, pas de journaliste. C'est ainsi que se présente le nouveau service proposé depuis ce mardi par le moteur de recherche Google, équivalent du Google News auquel les anglophones ont déjà pu se familiariser depuis septembre dernier. Cette nouvelle fonctionnalité se base sur une sélection automatique des informations contenues sur près de 500 sites Internet francophones, en provenance de France, Belgique, du Canada, de l'Afrique. La machine effectue donc un tri dans le flux des informations déversées sur le net, avant de regrouper tous les articles sur un même sujet et de hiérarchiser les différents articles, présentés sous la forme de rubriques (un ordonnancement classique: international, économie, sports, culture...).

Sans concertation

«Le résultat», a expliqué à l'AFP un ingénieur de la société américaine, «est qu'il est possible pour un même sujet d'avoir accès à de multiples points de vue», la pertinence du média auquel renvoie le lien hypertexte étant laissée à la seule discrétion de Google. Et sans autorisation de la part des éditeurs, comme le relève Francis Féraux, administrateur de Pressbanking, la société qui archive les articles parus dans la presse francophone: « les éditeurs peuvent y adhérer ou non. Mais il aurait été logique que le propriétaire d'une information soit consulté, et puisse choisir de figurer dans Google News ». Ce qui n'est, jusqu'à présent pas le cas, le site californien comptant sur l'idée que les responsables multimédias des journaux y voient surtout la possibilité d'élargir leur audience. Pour les deux sites d'information lalibre.be et dhnet.be, la journée de mercredi a déjà permis de jauger l'importance du trafic généré par la revue de presse Google, qui situe directement le site dans les premières positions au niveau des «sites référant», c'est-à-dire contenant un lien vers l'un des sites et susceptible d'y apporter des visiteurs.

Pour les journalistes et les photographes dont le travail se trouve utilisé, sans avertissement préalable ni rémunération, le service d'actualité en ligne pose toutefois question. Ce qui laisse supposer des réactions de la profession dans les semaines à venir. Au niveau photographique d'abord, Google News utilise en effet des clichés directement «sucés» des sites de journaux, sans faire de distinction entre photos d'agence (pour lesquelles les sociétés éditrices payent en outre des abonnements) et réalisations de photographes indépendants. A partir de ce moment, Google court le risque de se retrouver en infraction à la législation sur les droits d'auteur et, dans ce cas, de devoir payer un dédommagement équivalent à 600 euros par photo publiée sans autorisation.

Du côté des journalistes, la situation est moins claire. Pour la Société de gestion de droits d'auteur des journalistes (SAJ), «il n'y a rien qui soit en infraction avec le principe du droit d'auteur européen», dans la mesure où Google ne publie rien. «Le renvoi vers un site ne constitue pas une infraction», poursuit Alain Guillaume, qui n'imagine pas une procédure aboutir contre le géant américain. Sauf que, selon Alain Berenboom, spécialiste du droit des médias, le seul fait de reproduire telles quelles des phrases « formellement écrites » met le site en contravention avec le droit belge.

Pas une menace

Ce nouveau produit, s'il fragilise encore la position économique des rédacteurs et des photographes de presse, ne constituerait pourtant pas une réelle menace, ni commerciale, ni symbolique, pour les vrais sites d'information, selon François Heinderyckx, sociologue à l'ULB. Non seulement parce que le lectorat Web reste pour lui « marginal », mais encore parce que cela va « à l'encontre de ce qu'on attend de la société de l'information, c'est-à-dire non pas une matière brute, mais une sélection, un tri ». Et d'épingler le principal intérêt de Google News, qui serait de proposer « quelque chose de vraiment nouveau. Ce genre d'application va vraiment reconfigurer notre rapport à l'information ». Cela n'en laisse pas moins vivaces les craintes de dérives en tous genres liées au média Internet: uniformisation de l'offre, course à la rapidité aux dépens du traitement journalistique, sacrifice de l'information locale au bénéfice de thématiques internationales... Sûr en tout cas que les premiers jours d'existence de Google News ne seront pas passés inaperçus.

© La Libre Belgique 2003

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