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En 2010, l’info fait l’effet d’une bombe : le groupe LVMH indique que Bernard Arnault est en possession de 14,2 %, puis rapidement 17,1 % du capital de la maison Hermès. Le groupe familial n’a rien vu venir, d’autant que sa politique a toujours été très claire en matière de gestion de l’entreprise; c’est la famille, et seulement elle, qui gérera le capital de la maison. Que s’est-il donc passé ?

La saga Hermès H H H prend le parti d’un feuilleton au ton économique très documenté mais revient d’abord sur l’histoire de la maison au grand H. Créée en 1837 par le sellier Hermès (lire par ailleurs notre dossier "Momento" du 14 janvier, consacré à la griffe), la maison artisanale a réussi son adaptation au monde moderne, au tournant du XXe siècle. Le sellier se fait alors maroquinier tout en se développant en parallèle, dans les domaines de la soierie (et le fameux "Carré") et du prêt-à-porter. D’une génération à l’autre, le capital se transmet, par les hommes de la famille. Et si Emile Hermès, 3e génération, n’a que des filles, il délègue son œuvre familiale à ses trois gendres, qu’il a formés, et qui constitueront les parents descendants.

En 2010, ces descendants sont au nombre de 52. Et si, et esprit familial est ce qui fait Hermès, il est assez évident d’imaginer des incompatibilités d’humeur à propos de la gestion du bien commun, véritable poule aux œufs d’or.

En 1978, nouvelle ère pour Hermès : Jean-Louis Dumas prend les rênes de l’entreprise. Son idée, faire d’Hermès l’archétype du luxe : difficilement abordable et ultra convoité. Il diffuse la marque à travers le monde, maintient les prix élevés - du fait de la fabrication totalement manuelle mais pas seulement, le prestige l’exige ! - et décide que si l’on rêve d’un sac Hermès, ce ne sera pas "maintenant et tout de suite", mais que le produit en question se fera attendre.

La marque à la calèche décolle, devient l’un des noms synonymes d’ultra-luxe et de savoir-faire. Dans la foulée de cette réussite déconcertante, Jean-Louis Dumas gravit une marche supplémentaire et fait entrer la société en Bourse. C’est un risque à prendre pour prospérer : le titre connaît le succès mais certains héritiers ne manquent pas alors de vendre leurs parts. Ce n’est qu’en 2008 que Bernard Arnault entre en scène : en pleine débâcle boursière, il achète sur le marché des actions Hermès, par le biais de banques avec qui il a signé un contrat de cession. En 2010, il rachète ses parts, fait un large bénéfice - car l’action Hermès n’a fait que grimper -, et se proclame en possession de plus de 15 % du capital familial. Incroyable coup de poker pour cet homme d’affaires "qui ne fait pas de sentiment", selon la journaliste du "Monde", Nicole Vulser.

Bernard Arnault, actuellement à la tête du plus grand groupe de luxe mondial, n’a de cesse de répéter qu’il ne déposera pas d’offre publique d’achat sur la maison Hermès, mais depuis la réalisation de cette "Saga Hermès", très riche enquête signée Anne-Sophie Chaumier Leconte, Nathalie De Norre et Caroline Pillon, LVMH n’a cessé d’augmenter ses parts dans l’affaire. Le groupe familial, quant à lui, s’est retranché derrière une holding qui protégerait ses intérêts en bloquant plus de 50 % de son capital et en brandissant la notion d’unité des membres de la tribu Hermès autour du bien commun. Certains membres de la famille ont pourtant décidé de faire sécession. Suite au prochain épisode, donc... Car il semblerait que le luxe ne soit pas quelque chose que l’on souhaite partager, mais dont on a envie de jouir, seul.