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Il aura fallu attendre un peu plus de six mois pour connaître l'épilogue du célèbre "Bye Bye Belgium". Les téléspectateurs de la RTBF se souviendront de l'émoi, quasi national, provoqué le 13 décembre dernier lorsque, sur le coup de 20h21, une émission (très) spéciale vint interrompre le magazine "Questions à la Une". Prenant l'antenne dans le décorum du Journal télévisé, François de Brigode annonça avec le plus grand sérieux que la Flandre avait proclamé son indépendance... Après 34 minutes, le pot aux roses fut dévoilé par l'incrustation du bandeau "Ceci est une fiction".

A la fois décrié et célébré, le "coup" de la RTBF eut des suites. Au conseil d'administration de la chaîne publique, au Parlement de la Communauté française, mais aussi au Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA). Ce dernier fut saisi de trente-huit plaintes, déclenchant une instruction. Le 13 juin dernier, les responsables de la RTBF - dont l'administrateur général Jean-Paul Philippot - étaient auditionnés par les membres du Collège d'autorisation et de contrôle (Cac) pour répondre aux griefs formulés à l'encontre de "Bye Bye Belgium".

Hier, "La Libre" a pris connaissance de la décision rendue, le 4 juillet, par le Cac. Nuancée, elle blanchit globalement la RTBF. La chaîne s'en sort en effet avec un "avertissement" et la publication d'un communiqué indiquant que "la RTBF n'a pas pris les mesures nécessaires pour empêcher la confusion dans le chef d'une partie de ses téléspectateurs" entre réalité et fiction.

Pour le reste, l'organe exécutif du CSA estime que quatre des cinq griefs adressés à la RTBF n'ont pas été établis. "C'est une décision très proche de celle prise par le conseil d'administration de la RTBF. Je suis satisfait de la cohérence des avis et points de vue rendus par les organes de régulation externe et interne de la RTBF", nous a fait savoir Jean-François Raskin.

Confusion des genres

Sur le fond de l'affaire, le Cac considère que la diffusion d'un programme isolé - "fût-il de nature à ne pas favoriser la cohésion sociale" - ne peut être constitutive d'une violation du décret portant statut de la RTBF et, plus spécifiquement, du respect de la mission de service public. Concernant une éventuelle atteinte à la dignité humaine, le Cac considère que le grief n'est pas établi. Conclusions identiques pour les griefs portant sur les violations de l'esprit d'objectivité et du recours à un "plan d'urgence".

En revanche, l'organe de régulation a retenu le grief relatif aux manquements au regard du règlement d'ordre intérieur de la RTBF en matière de traitement de l'information et de déontologie du personnel de la chaîne. "Il appert en effet que [...] la RTBF est restée en défaut de présenter la fiction (NdlR : "Bye Bye Belgium") comme de la fiction, ne prenant pas les mesures suffisantes pour empêcher la confusion", peut-on lire dans la décision.

Notons encore que, sur la forme, le Conseil supérieur de l'audiovisuel a rejeté les deux critiques de la RTBF. Un : les droits de la défense ont été respectés. Deux : le CSA est compétent en matière de dossiers relatifs à l'objectivité de l'information. Pour le régulateur, la notion d'objectivité recouvre une dimension collective "dont le respect incombe à l'éditeur et dont le CSA doit vérifier le bon accomplissement". Voilà tous les éditeurs audiovisuels de la Communauté française prévenus.