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Il était presque temps. On commençait à commencer à se demander quoi. Les deux premiers samedis du Balfroid 2004 avaient envoyé en finale seulement 124 enfants sur 786, soit à peine 16 pour cent des participants aux demi-finales du Hainaut et de la province de Namur. Ce n'était vraiment pas terrible (les autres années, la moyenne était de 20-25%). C'était même carrément mauvais.

Samedi, à Houffalize, dans la province de Luxembourg, les enfants de sixième primaire participant au concours d'orthographe de «La Libre» et de la RTBF ont rectifié le tir, remis les pendules à l'heure et l'église au milieu du village: 40,05% d'entre eux - 163 candidats - se sont qualifiés pour la finale du 8 mai au Heysel de Bruxelles. C'est le troisième plus gros taux de qualification Balfroid de tous les temps.

Alors, pourquoi? Une dictée luxembourgeoise plus facile que les deux précédentes? Peut-être. De l'avis des cinq meilleurs lauréats du jour - qui ont tous fait zéro faute - cette dictée était en tout cas plus facile que celles qu'ils avaient faites lors de leur préparation au concours. Quoi qu'il en soit, comme le disait samedi le photographe Jean-Luc, «à voir la tête des enfants, ce n'était pas un jour où les nausées abondent». Illustration: quasi aucun candidat ne leva, pendant la dictée, la main pour indiquer qu'il ne suivait pas le rythme. Mme Balfroid commenta le fait: «Vous avez battu tous les records d'attention! C'est extraordinaire!»

Même lors des dix mots difficiles, personne n'a bronché. D'habitude, c'est des «ooohhh» en veux-tu, en voilà. Cette fois-ci, pas. Pourtant, ce n'était pas n'importe quoi.

Petit rappel: les dix mots difficiles servent à départager d'éventuels enfants ex-aequo à la dictée. Souvent, on n'en a pas besoin. Mais cette fois-ci, oui: cinq candidats n'ont fait aucune faute au texte de Liliane B. Et deux d'entre eux ont, en plus, commis le même nombre d'erreurs dans les dix mots difficiles. Aussi fallut-il les réinterroger, pour les départager. Amandine Gonry et Louise Van Lierde eurent ainsi à s'installer sur la scène et à «combattre» : écrire de nouveaux mots durs. La première qui ferait une faute serait battue. C'est Amandine qui est devenue championne provinciale.

Dictée de Saint-Valentin?

Parlons un peu du texte de la dictée. Un 14 février, on se serait attendu à un texte sur l'amour. On ne sait pas si Mme Balfroid en avait écrit un mais en tout cas, celui qu'elle lut - et qui avait été tiré au sort - ne parlait pas de sentiments mais, en gros, de la nature et de ce que l'on peut éprouver devant elle. Donc, quand même de sentiments, au fond. Sa première phrase: «Le noisetier allonge ses chatons verts ayant la forme d'une chenille ondulant joyeusement sous les rayons d'un soleil rare.» Oups! Poétique? Étrange? Étrangement poétique? Poétiquement étrange?

Liliane Balfroid se laissa aussi aller à l'une ou l'autre improvisation, comme lorsque, presque durement, elle dit dans son micro: «Qui s'appelle Jeanjot, ici?» Un petit candidat leva la main. «Tu viendras me dire bonjour!» Tout de suite, l'enfant vint. «Tu es le petit-fils d'Emile Jeanjot?» Oui, fit-il un peu interloqué. Il faut préciser que Mme Balfroid est une régionale de l'étape luxembourgeoise et qu'elle connaît beaucoup de monde. D'ailleurs, plus tard, elle avoua: «Tu vois, Raymond, je suis guillerette: je suis dans mon fief!»

Pas dans son fief, lui, mais quel succès aussi: plus ou moins d'autographes à signer que Mme Balfroid? On veut parler ici de Manu Champagne, présentateur des «Niouzz», le journal télévisé pour les enfants de la RTBF. Un talent d'animateur. Beaucoup d'humour. Du métier.

Que dire encore? Ah oui, que, comme l'a fait remarquer l'ex-institutrice et presque star - bref, Mme B.- «je trouve que les villages ont fait du bon travail car il y a deux élèves de village aux deux premières places». Prochain rendez-vous: dans le Brabant wallon, à Jodoigne, le 6 mars.

© La Libre Belgique 2004