Médias/Télé

Depuis qu’il a claqué la porte de la RTBF en janvier 2008, Georges Huercano bosse pour KNTV et donc indirectement pour RTL. Cette boîte de production indépendante fournit en effet de nombreuses émissions à TVI, dont "Indices", qu’il coprésente avec Dominique Dumoulin le mercredi à 19 h 45. Une émission sur laquelle on peut émettre des réserves, notamment dans sa propension à jouer la carte de l’émotion à outrance (notamment à l’aide de reconstitutions inutiles) plutôt que de l’information

Mais le bonhomme a également un autre visage. On se souvient de son documentaire sur l’affaire Outreau ou de ses sujets pour "Envoyé spécial". Et c’est dans ces exercices au long cours que le talent de Hercano est le plus à sa place. Ainsi réalise-t-il régulièrement pour Be TV des 52 min nous entraînant dans les coulisses d’une profession ou d’un lieu. Avant de s’atteler prochainement à un sujet sur la pauvreté en Belgique et après le Mercato, la Gare du Midi et les médecins légistes (reportage diffusé le 4/10 à 22 h sur RTL-TVI dans le cadre d’une soirée spéciale "Experts"), le journaliste et sa complice Sophie De Brabandère ont suivi un couple de détectives privés, Michel et Vincent Dalcq, dans leurs enquêtes.

Voilà un sujet forcément alléchant, car il permet de confronter à la réalité nos fantasmes sur une profession pas banale dont les contours ont été façonnés par la littérature et le cinéma. A ce titre, Huercano avoue d’ailleurs que "la réalité est souvent plus basique" En effet, dans Profession : privé H H, on est loin de l’imper et de la cigarette d’Humphrey Bogart. Nos détectives ont l’accent liégeois et leur quotidien est fait de banales histoires d’adultère, de patrons cherchant à s’assurer que leurs employés respectent leur congé-maladie, de parents faisant suivre leurs enfants ou encore d’une femme cherchant à prouver que son ex-mari ne respecte pas les conditions de la garde de ses filles. Mais, pour environ 600 € pour 10 h de travail, le détective n’apporte pas une quelconque preuve juridique, juste un témoignage Pour avoir valeur de preuve, un flagrant délit - qui continue de faire rêver nos privés - doit être acté par la police ou par un huissier. Ce que nous montre le documentaire, comme il nous fait partager les planques, les filatures

Huercano avoue que ce "Profession : privé" a été compliqué à tourner. "On ne peut pas écrire un scénario à l’avance, on dépend de ce qui va se passer; la part d’improvisation et d’imprévu est énorme. Sans compter les contraintes techniques." Les "cibles", les lieux sont en effet masqués, tandis que les équipes ont dû se faire les plus discrètes possible Et c’est là l’aspect le plus intéressant et le plus dérangeant de "Profession : privé", qui place plus que jamais le spectateur en position de voyeur. "Ici, on l’embarque non seulement avec nous mais on lui dit sans cesse que les images qu’il regarde ont été volées. Et franchement, c’est une situation assez dérangeante pour un journaliste, plus que d’accompagner un médecin légiste sur une scène de crime", reconnaît Hercano.

Dommage que le documentaire ne fait qu’effleurer les questions graves - à commencer par cette liberté laissée à un corps de métier n’appartenant pas à la sphère policière ou judiciaire d’entrer en toute légalité dans nos vies privées, dans notre intimité. Reste cependant un portrait très savoureux. En effet, ce père et ce fils sont plutôt croquignolesques. Difficile de savoir s’ils sont représentants de l’ensemble de la profession, mais ces deux-là s’amusent en jouant aux petits flics. Jusqu’à provoquer un sentiment de gène