Médias/Télé

PORTRAIT

Les oiseaux qui chantent. Du café qui coule dans les tasses. Le bruit d'une porte qui se ferme. Celui de la pluie qui tombe. Stéphane Dupont et son équipe savent écouter. Même le silence. `Il faut citer Pascale Baïdak, Dominique Martinot-Lagarde et Pascal Voosen´, insiste-t-il. Ses partenaires sont effectivement acteurs à part entière de l'émission qu'il produit (son statut est producteur), diffusée chaque samedi matin à partir de 10h sur La Première. Une heure de reportage, de témoignage, d'ambiance. Suggestions sonores, à partir desquelles chaque auditeur se construira ses propres images.

Le jour de la révélation

Aujourd'hui, dans le paysage audiovisuel francophone belge, Stéphane Dupont semble un peu isolé. Sa manière de travailler, pourtant, fait école parmi les jeunes journalistes, voire inspire des vocations. Gamin pourtant, Stéphane connaît une scolarité difficile. Au fait, supprimons le `pourtant´. A l'époque déjà, il préfère la rue, le cinéma, les bouquins et la musique aux devoirs et aux leçons.

`Tout a changé le jour où on m'a parlé de l'Insas´, se souvient-il. La section réalisation théâtrale le conduira tout droit à... la radio, ses profs s'accordant pour lui trouver du talent. `Arlette Dupont fut un professeur érudit et enthousiaste. C'est elle aussi qui me présenta José Dessart et Michèle Wathelet pour faire un stage à la RTB. Stage qui déboucha sur mon premier contrat.´

Pigiste, à partir des années 75, il réalise notamment les `Photos de contraste´: petites images sonores, déjà, portraits en forme de cartes postales constituées de témoignages et d'ambiances, soulignées par le clic-clac d'un appareil photo, pour signifier le changement de séquence. `Je me souviens d'un Templier qui faisait pousser des tomates au Parc Josaphat et d'un ancien du Congo belge qui élevait des alligators et des caïmans...´

Un autre regard

Mais il faudra attendre 1984 pour voir la créativité de l'original s'exprimer à plein régime avec la création de Faits Divers. `La plus belle et la plus dure des aventures radiophoniques´, qui redonnera vie à la radio de montage dont Stéphane Dupont constitue aujourd'hui un des derniers représentants, quoi qu'il en dise. L'émission `événement, raconté par ceux qui l'ont vécu´ est d'ailleurs saluée par de nombreuses récompenses. Elle donnera naissance à la version télévisée que nous connaissons toujours aujourd'hui.

En radio, Faits Divers vivra dix ans. La Quatrième Dimension prendra en quelque sorte sa suite, en 1994. Bien qu'avec une philosophie toute différente. `Pour commencer, nous ne disposions que d'une demi-heure. J'étais heureux de pouvoir aborder la réalité autrement que par son côté gris, comme dans Faits Divers. J'avais envie de quelque chose de plus positif.´ Et de préciser: `La Quatrième Dimension est un clin d'oeil à une série américaine très en vogue à l'époque. Dans le générique, on voyait un homme ou une femme comme tout le monde, sans soucis, que rien ne prédestinait à entrer dans la Quatrième Dimension. Et pourtant un jour... J'ai voulu adapter ce principe. Approcher des gens anodins, des endroits banalisés. Avec le micro, ouvrir une fenêtre de la réalité et entrer dans une autre dimension.´

Une émission sur l'automne et une autre consacrée aux amoureux de la nature qui se réunissent chaque année pour écouter le brame du cerf figurent parmi ses meilleurs souvenirs. L'équipe, suscitant les confidences, raconte des histoires. D'où un plaisir particulier pour les techniciens qui partagent cette aventure dont ils constituent un maillon essentiel.

Chaque été, la Quatrième Dimension laisse sa place au Bar de l'Estacade (qui prépare sa 10e saison) où, accoudé au comptoir, Stéphane Dupont raconte les mésaventures de ceux qui ne partent pas en vacances. On est toujours dans le monde des ambiances, très cinéma dans ce cas-ci.

`Je suis un amoureux des cinémas´, confie le professionnel, évoquant davantage les ambiances des cinés de quartier d'autrefois que les films qui sortent aujourd'hui. La ville, les gens. Stéphane Dupont, philosophe contemplatif, pose sur ses contemporains un regard attentif rare. Son style de vie y correspond, lui qui a arrêté de fumer voici un an et qui, depuis, sillonne les rues à vélo. `J'ai l'impression qu'on me considère un peu comme un artisan qui vend le fromage des chèvres qu'il élève dans une grande surface´, conclut-il quand on l'interroge sur son avenir radio. `J'aimerais qu'un réel mouvement se forme à partir de l'atelier de création radiophonique.´ Il en demeure un (voire l'unique) vaillant défenseur.

© La Libre Belgique 2002