Médias/Télé La fiction TV, à La Rochelle, s’ouvre à la Corée, au Togo et à la Côte-d’Ivoire.

Même s’il n’a pas oublié de cocher la case comédie, le 19e Festival de la fiction TV de La Rochelle semble ouvrir une porte toujours plus grande aux préoccupations de la société. Cela transparaît notamment dans les thèmes abordés par les fictions présentées.

Qu’il s’agisse d’agression sexuelle avec "La consolation" défendue par Léa Drucker et Emilie Dequenne pour France 3, ou avec "Le Viol" porté par Clotilde Courau pour France 2. De la maladie avec "Les Bracelets rouges", série sur des ados hospitalisés, avec Michaël Youn (TF1) ou avec "Prêtes à tout" sur deux mères qui luttent pour sauver leurs fils de la drogue (France 2).

Différences et turbulences

Il sera aussi question de la place que l’on réserve à la différence avec "Mention particulière", évoquant le combat d’une jeune fille trisomique qui veut passer son bac, avec Bruno Salomone et Hélène de Fougerolles (TF1, RTBF). La fiction s’ancre dans les foyers avec "La Sainte famille", portrait d’une famille catholique traditionnelle avec Stanley Weber, Gérard Desarthe et Alain Chamfort (France 2), ou avec "Le Rêve français" sur le destin de deux familles guadeloupéennes, porté par Aïssa Maiga et Ambroise Michel (France 2).

En tout, ce sont plus de 50 œuvres inédites françaises et internationales qui seront présentées : 41 d’entre elles seront en compétition (dont 10 séries européennes et 6 séries francophones étrangères) et dix autres seront projetées hors compétition.

Toutes ces créations audiovisuelles "nous nourrissent, nous divertissent, nous font grandir mais surtout nous livrent une idée de ce que nous sommes", souligne Stéphane Strano, scénariste et producteur, devenu président du Festival l’année dernière. Ce vivier a nombre d’admirateurs puisqu’en 2016, le Festival a attiré 35 000 spectateurs et 2 200 professionnels.

Belges et Coréens invités

Cette année encore, l’aventure aura un parfum de Belgitude avec la présentation de deux séries en compétition : "Unité 42", la nouvelle série 100 % made in plat pays portée par Patrick Ridremont et Constance Gay, et "Jézabel" websérie coproduite avec France 4. Une offre à laquelle il faut encore ajouter la présence de Marie Gillain, et Sami Bouajila, au générique du thriller psychologique "Souviens-toi" coproduit par la RTBF et M6.

L’invité d’honneur de cette 19e édition est la Corée du Sud dont on connaît la propension à créer des dramédies et comédies romantiques, les fameux "K-dramas", extrêmement populaires dans toute l’Asie. On pourra ainsi découvrir en avant-première mondiale la série "The Package", entièrement tournée entre Paris et le Mont-Saint-Michel. Au fil des visions et des rencontres, la journée de jeudi sera consacrée à cette découverte d’Hallyuwood, industrie très intéressée par la francophonie.

Afin de faire vivre cette belle idée toute l’année, Stéphane Strano a annoncé la création d’une résidence d’écriture francophone à La Rochelle pour prolonger cette semaine de découvertes francophiles entre Paris, le Togo et la Côte-d’Ivoire. Le verdict du jury, présidé par Sylvie Testud, est attendu samedi soir, il décernera 16 prix lors de la cérémonie de clôture.


La fiction française séduit toujours plus à l’étranger

La fiction française ne s’est jamais aussi bien portée à l’exportation. Selon une étude rendue publique par le CNC et TV France International, le genre a vu ses ventes augmenter de 20,8 %, à 49,8 millions d’euros (M€) en 2016. Ce qui représente 26,3 % des exportations, soit le deuxième genre à l’export derrière l’animation.

De bons chiffres en Amérique du Nord

Les grandes "marques", comme les séries "Candice Renoir" ou "Les Petits Meurtres d’Agatha Christie", ont été vendues dans 80 territoires. C’est le cas aussi de séries plus fédératrices, comme "Joséphine ange gardien", qui cartonne sur la chaîne espagnole Cuatro, à l’instar des "Témoins" d’Hervé Hadmar et Marc Herpoux. La tendance se confirme pour les séries originales ou de prestige, comme les nouvelles saisons du "Bureau des Légendes" ou de "Versailles". Ces dernières séduisent particulièrement le marché anglo-saxon, la progression des achats en Italie, par exemple, étant portée par des séries plus familiales telles que "Nina" ou "Candice Renoir".

Si l’Europe de l’Ouest demeure la première zone d’exportation pour la fiction française (66,9 % des ventes), et en particulier la zone germanophone, les ventes en Amérique du Nord ont quasi doublé par rapport à 2015, atteignant 5,8 millions d’euros. Malgré une forte concurrence locale, les Etats-Unis s’intéressent à des séries comme "Versailles", vendue à Netflix et Ovation TV, ou "Au-delà des murs" mini-série d’Arte avec la Belge Veerle Baetens, achetée par AMC Networks USA pour son service de streaming de films d’horreur, Shudder. Au Canada, les ventes sont en hausse de 49,8 %, avec l’acquisition des trois premières saisons de "Parents, mode d’emploi".

En Asie/Océanie, les ventes de fiction française sont en hausse de 66,8 % (2,1 M €), la série "Trepalium" réalisée par le Belge Vincent Lannoo a trouvé preneur en Corée du Sud et en Australie. Et si les ventes diminuent en Europe centrale et orientale, suite à la percée des programmes turcs, les ventes à la Russie ont progressé. Channel One a acquis les nouvelles saisons de "Versailles" et des "Témoins", ainsi que la série d’anticipation "Section Zéro".

Les ventes des droits mondiaux sont la troisième source de recettes à l’international, atteignant 2,8 M €. Celles-ci sont effectuées principalement à des plateformes de vidéo à la demande par abonnement. Ainsi la première saison de "Dix pour cent" a été vendue à Netflix Monde.