Médias/Télé Entretien

Il y a un an et demi, Alain Gerlache élargissait le rôle du médiateur de la RTBF à l’ensemble des questions touchant aux médias en créant la plateforme Intermédias, présente sur le Web, en radio et en télé. Cette année, il pousse la démarche plus loin en diffusant Intermédias H H , devenu bimensuel, d’abord en ligne et en direct(1), avant sa rediffusion, le vendredi sur La deux.

"L’évolution de la formule a été discutée avec François Tron et Jean-Paul Philippot. Nous avions envie d’un rendez-vous plus régulier et de développer l’interactivité. L’émission a pour objectif de parler de l’évolution des médias mais aussi d’être une sorte de laboratoire en soi de cette évolution. Nous devons expérimenter, quitte à nous tromper, pour avancer, pour trouver de nouvelles façons de communiquer avec le public, de l’associer à notre démarche", explique Alain Gerlache.

Les internautes sont donc invités à s’inscrire sur le site Intermédias.be, à poster leurs commentaires, poser leurs questions, relayées à l’antenne. De quoi créer autour de l’émission une petite communauté de passionnés, ceux-là même que l’on retrouve sur Facebook ou sur Twitter, auxquels est consacrée la très intéressante émission de ce soir, posant la question de la possibilité de s’informer via ces réseaux sociaux.

A l’inverse, devant leur petit écran, les téléspectateurs ne sont pas toujours au rendez-vous d’"Intermédias". Pas de quoi inquiéter Gerlache. "C’est une émission qui a une certaine exigence. Je suis conscient du fait que cela demande un certain effort. Mais je ne veux pas faire une émission d’avant-garde pour l’élite digitale belge francophone. Je m’adresse à un public de curieux car ces sujets touchent tout le monde. Mais réunir quelques dizaines de milliers de personnes, ce n’est pas si mal." D’autant que, comme le précise le journaliste, il faut aujourd’hui envisager les choses différemment, l’émission étant disponible en télé mais aussi en ligne, en podcast, via les archives, elle trouve son public de façon plus diffuse "Ce qui est important pour une chaîne publique, c’est que ses contenus soient disponibles pour le public quand celui-ci en a envie."

En cela, "Intermédias" apparaît en effet en pointe à la RTBF, assumant son rôle d’expérimentateur. "Je ne me lève pas le matin en me disant : Je suis un pionnier. On essaye de faire ce qui nous paraît intéressant. C’est en plus cohérent avec les thèmes abordés dans l’émission. Si cela peut servir à d’autres émissions, comme "Répondez@laquestion" ou "Sans chichis", tant mieux."

Acteur de l’évolution des nouveaux médias, Alain Gerlache en est dans le même temps un observateur privilégié, notamment en tant que secrétaire général de la Communauté des télévisions francophones. Fasciné par l’évolution actuelle, il tient cependant à garder une distance critique. "Le premier pas, c’est de se rendre compte qu’il y a des choses qui se passent et d’avoir une ouverture critique : regarder ce qui se passe sans être un béat numérique. Une fois que l’on a cette attitude, on est prêt à avancer. Il ne faut pas diaboliser Internet : la pipolisation existait bien avant, tout comme la manipulation des journalistes Les problèmes fondamentaux d’honnêteté, de fiabilité, de crédibilité ne datent pas d’Internet, ils se posent simplement différemment. On est dans un monde en plein bouleversement, il ne faut pas le rejeter d’office ni le regarder béatement."

C’est bien là le rôle d’une émission de service public comme "Intermédias", éduquer le spectateur à la vigilance, à l’importance de la source d’une info Bref, de proposer presque une éducation au journalisme à l’heure où les frontières s’estompent entre professionnels et citoyens. "Avant, par exemple, les associations de consommateurs avaient le monopole de la critique des produits. Aujourd’hui, les sites de partage regorgent d’avis d’utilisateurs. Les deux approches sont complémentaires. L’un des enjeux fondamentaux, cela va être la réévaluation du rapport entre les experts et le public. Si l’on parvient à définir ce nouveau rapport, on aura bien avancé "

V u la rapidité avec laquelle les choses évoluent, Alain Gerlache ne risque pas de manquer de matière pour son émission de décryptage. "J’ai commencé au moment de l’émergence des radios libres mais c’est sans commune mesure avec ce qui se passe aujourd’hui. On a non seulement de nouvelles technologies mais aussi une nouvelle culture, un nouveau rapport au public, un nouveau modèle économique à trouver. Je trouve ça tout à fait passionnant. Je suis plus à l’aise quand tout change que quand tout est immobile. Je préfère me remettre en cause que m’ennuyer", conclut-il.

(1) Le site www.intermedias.be permet de suivre en direct les émissions radio (le vendredi à 9 h) et télé (un lundi sur deux à 16 h) ou de revoir les anciens numéros, de trouver des "bonus", de dialoguer