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"Ce soir je vais tuer l’assassin de mon fils". Un thriller sur la culpabilité. La une, 20h20.

Victor, 10 ans, file à toute vitesse sur cette petite route tranquille de la campagne du Havre. Sa mère n’aime pas trop le voir s’éloigner en vélo mais tant que la nuit n’est pas tombée, le danger semble très loin. Ce jour-là, Philippe Tessier, cadre dans une grande entreprise de la région, roule distraitement. Il a un peu bu et joué aux dés avant de rentrer, mais rien de bien répréhensible à ses yeux. Pourtant, un instant d’inattention a suffi pour qu’il heurte le gamin à vélo et l’envoie valdinguer sur le bas-côté de la route. Sonné et un peu désemparé, Philippe Tessier s’arrête, aperçoit l’enfant couché dans le ravin et décide de reprendre le volant au plus vite. Laissant le garçon succomber à ses blessures.

Lorsqu’il entend les informations à la radio et découvre qu’il s’agit du fils de l’un de ses employés, il réalise alors que les coups sur sa carrosserie pourraient finir par le trahir… Pragmatique et sûr de lui, comme à son habitude, Philippe se met à rechercher un garage discret où faire réparer son imposant véhicule.

Adapté du livre homonyme de Jacques Expert, ce thriller est porté de bout en bout par l’interprétation très juste de deux grands acteurs : Jean-Paul Rouve et Sami Bouajila. L’un comme l’autre jouent une partition que l’on pense pouvoir anticiper, mais qui s’échappe sans cesse, se défile et se révèle au final, pleine de nuances.

Entre le père (Sami Bouajila), fou de douleur et guidé par l’envie de vengeance, et le chauffard (Rouve) qui refuse de se voir comme un coupable, un jeu du chat et de la souris s’amorce qui entraîne leurs femmes dans son sillage. Drame de la douleur qui rend aveugle et sourd, du malheur qui oppresse et de la tentation de l’autodéfense, cette histoire est aussi celle de la lâcheté, du mépris et de la manipulation mentale.

Jean-Paul Rouve est bluffant dans son rôle de salaud ordinaire, méprisant sa femme (Audrey Lamy), mentant à tout le monde, à commencer par lui-même, n’envisageant que son petit confort et son bonheur personnel, homme méprisable jusque dans ses soi-disant preuves d’amour. Aussi veule que retors, Philippe Tessier n’a de cesse de se défiler devant ses responsabilités, malgré les images de plus en plus sombres qui le hantent par moments.

Sami Bouajila, acteur à fleur de peau, est formidable dans son rôle de père blessé, piégé par la promesse qu’il a faite à sa femme de "tuer l’assassin de (leur) fils". Comme un pansement de fortune collé sur une plaie béante.

La fiction de Pierre Aknine aurait certainement gagné à une représentation plus équilibrée des quatre protagonistes et à une réalisation plus audacieuse, mais les deux acteurs principaux parviennent à rendre palpable ce drame vécu par tant de familles restées meurtries sur le bord de la route.