Médias/Télé

ENTRETIEN

Jacques Mercier hante les ondes et les écrans de la RTBF depuis quatre décennies... A quelques années près (il a débarqué en septembre 1963 alors qu'il n'avait pas 20 ans!), Mercier est pratiquement né avec la radio-télévision publique. Mais alors que plusieurs centaines de ses collègues s'apprêtent à quitter la Cité Reyers pour cause de plan Magellan, le «Drucker belge» (si, si!) est toujours là.

«Je viens, hélas, de décider de mettre fin à ma collaboration avec Anne Delvaux dans le JT du samedi. Mon médecin m'a conseillé de lever le pied...», entame Jacques Mercier. Pour le reste, tout suit le cours habituel: «Jeu des dicos» et «Semaine infernale» sur La Première, «Télé infernale» (lire ci-contre) et «Forts en tête» sur la une.

«Ce vieux qui encombre...»

Un «Forts en tête» dont la huitième saison se terminera en avril prochain. A la rentrée de septembre, une série d'émissions spéciales dans le cadre des 175 ans de la Belgique mettra à l'honneur dix grandes personnalités belges. «Se posera alors la question de savoir ce qu'on fait de Forts en tête, explique le partenaire de Barbara Louys. Soit on rafraîchit le concept, soit on fait une autre émission. Personnellement, j'ai fait savoir qu'il serait mieux que j'en reste là. Cela n'apporte rien à la RTBF de voir trop souvent la même personne à l'écran. Or, avec «La télé infernale» le lundi et «Forts en tête» le mardi, cela fait un peu beaucoup... Mon souhait est donc de passer le relais avant qu'on me parle de ce vieux qui encombre l'antenne alors que des jeunes attendent leur tour!» Jacques Mercier se verrait donc bien combiner «LTI» avec «Le jeu des dictionnaires».

Le plan Magellan offrait une porte de sortie - financièrement intéressante - à celui qui ne manque pas de projets d'écriture. Alors, accroc le Mercier? «Lors de ma toute première entrevue avec Jean-Paul Philippot (NdlR: administrateur général de la RTBF), il m'avait demandé de ne pas quitter la RTBF. Pourtant, lorsque Philippe Geluck et, ensuite, Marc Moulin ont quitté le Jeu des dicos, j'ai vraiment envisagé de partir», confie-t-il. Et de poursuivre: «Il y a trois choses qui peuvent motiver un départ. Un: ne plus aimer ce qu'on fait; or je suis toujours excité par l'enregistrement d'émissions. Deux: ne plus tenir le coup physiquement; ce qui, honnêtement, me cause aujourd'hui certains soucis. Trois: ne plus plaire au public; ce qui, avec toute modestie, n'est pas encore le cas».

«Un peu de décence!»

Comment vit-il le départ de centaines de ses collègues, dont certains ne cachent pas leur amertume à l'égard de la RTBF? «J'ai le privilège de faire ce que j'aime. L'amertume de certains collègues, je peux la comprendre. Mais je trouve extrêmement désagréable ceux qui, partis ou sur le départ, estiment que la RTBF ne ressemble plus à ce qu'elle fut par le passé. Les golden sixties, c'est terminé! Pourquoi la RTBF échapperait-elle à l'évolution de la société tout entière? Désolé mais certains manquent un peu de décence quand ils se plaignent de devoir changer de lieu de travail alors que des instituteurs sont ballottés d'un établissement à un autre pour obtenir un horaire complet», tonne un Jacques Mercier que l'on voit très rarement sortir de ses gonds.

La révolution Magellan ne va pas sans mal. «Mais quelle était l'alternative? Mon souhait le plus cher, à présent, c'est que la RTBF redevienne victorieuse et soit à nouveau dans les faveurs du public». C'est la période des voeux...

© La Libre Belgique 2004