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Doc Shot propose un documentaire très fouillé de la BBC sur l’affaire Weinstein. Sur La Une, à 22 h 45.

Quand la BBC s’attaque à un sujet, en général, elle le fait bien. Le documentaire Harvey Weinstein : l’affaire qui a changé le monde** diffusé par Doc Shot ce jeudi n’échappe pas à la règle.

Pendant plus de cinquante minutes, la rédaction de l’émission d’investigation "Panorama" revient sur la bombe de l’année 2017. Et montre comment l’affaire Weinstein aurait pu et dû exploser bien plus tôt.

Plusieurs cas déjà en 1980

Les réalisateurs ont ainsi retrouvé la trace de Paula Wachowiak, stagiaire sur le tournage du premier film produit par Weinstein : "The Burning". On est en 1980, la scène se passe dans un hôtel de Buffalo dans l’Etat de New York et Weinstein lui demande de venir lui faire signer des chèques.

Lorsque Paula le rejoint, le producteur est nu avec seulement une serviette sur les hanches. "Je lui ai tendu le dossier et là, il a laissé tomber sa serviette tout en continuant à me poser des questions sur les chèques. Il s’est ensuite assis sur le lit et a posé le dossier sur ses genoux et il a demandé : ‘Et en ce qui concerne celui-là ?’", témoigne Paula Wachowiak qui a, finalement, pu s’échapper sans jamais oser en parler.

Ce fut le cas aussi de Katherine Kendall qui a vécu, à peu de détails près, la même scène treize ans plus tard. "Je savais au fond de moi que si je m’attaquais à Harvey Weinstein, je serais blacklistée. J’avais peur donc je n’ai rien dit à ceux qui auraient pu me venir en aide." Au contraire de l’actrice Sean Young à qui Weinstein a montré son pénis dans un bureau et qui estime, de son côté, que sa carrière a été minée après avoir "dit ‘non’ à des hommes importants". Dont Weinstein…

Outre les nombreux témoignages de victimes, le documentaire s’attèle à essayer de montrer le stratagème monté par Weinstein pour s’en sortir.

Tout pour étouffer l’affaire

Que ce soient les contrats de confidentialité utilisés pour faire taire ses victimes, les journalistes "people" à qui le producteur aurait refourgué des scoops encore plus énormes pour éviter qu’ils écrivent des articles à son encontre, ou encore le mutisme de certains de ses employés qui l’ont côtoyé, qui savaient et qui ne l’ont jamais dénoncé. "Je pense que nous étions tous complices car si vous étiez dans l’entreprise, cela faisait partie du business chez Miramax. Evidemment j’étais au courant, je n’ai pas eu le courage de faire quoi que ce soit. Ce pacte que j’avais conclu avec le diable était à mon avantage" avoue, aujourd’hui, Paul Webster, ancien directeur de production chez Miramax entre 1995 et 1997.

La police et la justice sont également pointées du doigt lorsqu’en 2015 la mannequin italienne Ambra Battilana Gutierrez enregistre et transmet au "New Yorker" une conversation avec Harvey Weinstein durant laquelle il avoue notamment lui avoir touché la poitrine.

Le procureur de Manhattan, Cyrus Vance, avait à l’époque classé la plainte pour agression sexuelle.

Un documentaire à voir alors que le producteur américain a annoncé cette semaine qu’il plaidera non-coupable à son procès.