"Je veux ce joooooob!", provisoirement suspendu

Jonas Legge Publié le - Mis à jour le

Médias/Télé
Voilà plus d'une semaine que la RTBF a lancé  un appel à candidatures pour sa nouvelle télé-réalité : "Je veux ce joooooob!". Les détracteurs se sont rapidement fait entendre, dénonçant notamment l'"indécence" du service public. Face aux salves de critiques venant des réseaux sociaux et des professionnels, la RTBF et Actiris ont décidé de suspendre la production de l'émission "Je veux ce job", ont-ils annoncé dans un communiqué mardi. 

Soucieux de veiller aux objectifs et aux valeurs d' Actiris et de la RTBF, les deux associés ont décidé de suspendre la production de l'émission "Je veux ce job". "On a compris que notre démarche pouvait être mal perçue. Donc on préfère remettre le travail sur l'ouvrage", explique Bruno Deblander, responsable de la communication à la RTBF.

Du côté d' Actiris, même son de cloche. "Il y a eu des maladresses de communication qui ont donné une image à ce programme qui est à l'exact opposé de ce qu'on voulait montrer. On doit donc prendre le temps de se concerter avec la RTBF et évaluer la situation", déclare Grégor Chapelle, directeur général d' Actiris. "On verra alors si on doit recadrer le programme."

Les deux partenaires doivent surtout voir si le programme correspond ou non à une mission de service public. Bruno Deblander, de la RTBF, précise néanmoins que "le service public ne doit pas s'interdire ce genre d'émissions, tant que ça reste dans le cadre de la dignité humaine. Dans cette émission il n'y a pas d'élimination, ce n'est pas un jeu."

Ce communiqué fait suite aux nombreuses réactions des détracteurs, qui se sont rapidement fait entendre, dénonçant notamment l'"indécence" du service public. 

"Demandeurs d'emploi, jeunes diplômés ou en réorientation professionnelle ? Vous cherchez le travail de vos rêves ? Vous désirez plus que tout convaincre votre futur employeur ? Alors préparez-vous, votre vie est sur le point de changer !" C'est de la sorte que la RTBF présente sa nouvelle émission sur l'emploi qui "va vous aider à trouver Le job idéal et ce, en seulement une semaine". Et d'ajouter : "Dans chaque émission, les candidats devront relever un défi exceptionnel pour séduire et convaincre un futur employeur (...) Ce qui est primordial, c'est la motivation".

Sur les réseaux sociaux, tout comme sur le site de la chaîne, les réactions outrées n'ont pas tardé à fleurir. "Indécence décomplexée", "honteux", "dégoût",..., tel est un léger aperçu des réprimandes clamées à l'encontre de la RTBF. Le principal grief : considérer la recherche d'emploi comme un jeu.  

"Est-ce que la RTBF va entendre l’écœurement provoqué par cette 'émission', auprès des chômeur/se/s, des précaires pour qui un emploi est tout sauf un 'jeu' ?", s'interrogeait une internaute. "N'est-ce pas terriblement malsain de se divertir sur le dos des chômeurs?", questionnait un autre. 

Ironique, une énième personne ajoutait : "Je trouve le concept trop facile... je propose donc de corser ce 'jeu' en 'excluant du chômage tous les candidats éliminés qui forcément n'ont pas fait la preuve d'assez d'imagination pour montrer leur motivation et ainsi intéresser un chef d'entreprise..."

Optimaliser la recherche d’emploi

Dans une note publiée ce mardi, le blog RTBF 89 , constitué d'un groupement de téléspectateurs et d'auditeurs très critiques envers le service public, invectivait vivement l'initiative de la RTBF. " La misère mise en spectacle, réduite à un divertissement, histoire de bien se détendre entre amis ou mieux, en famille", peut-on y lire.  " A quand une émission 'Je suis chômeur, je coûte cher à la société, aidez-moi à réussir mon suicide' ? Ce serait à peine pire (...)  On est bien loin (une fois de plus) des missions de service public de la RTBF."

Suite aux nombreuses réactions, la RTBF avait tenu à préciser ses intentions sur Facebook : " Nous avons bien lu tous vos commentaires mais ne vous méprenez pas. Ce programme n’est pas la Star Ac du chômeur et ne se substitue pas aux structures en place pour faire se rencontrer une demande et une offre d’emploi. A travers différentes expériences, 'Je veux ce jooob' souhaite montrer comment on peut optimaliser aujourd’hui la recherche d’emploi, celle-ci ne pouvant plus se résumer à l’envoi et à la lecture d’un CV".

Ni assez séduisant ni assez démarqué

De nombreuses personnes ont également montré leur étonnement de voir Actiris associé à ce projet de la RTBF.  L'Office régional bruxellois de l'Emploi a diffusé l'appel à candidature auprès de sa  base de données des demandeurs d'emploi de la capitale. Or, cet appel ne constitue ni une offre d'emploi, ni de formation, ni de stage, s'étonnent en nombre les internautes.

Une attitude qui a d'ailleurs ébranlé Eric Lauwers. Ce dernier, qui est directeur de la Smart - l'association professionnelle des métiers de la création - a envoyé un courrier aux responsables de la RTBF et d'Actiris pour leur faire part de sa "stupéfaction" face à cette initiative "accablante". Après avoir décrit les "quelques questions d’importance" qui ne sont pas "abordées complètement dans votre communication", Eric Lauwers ajoute constater "que vous admettez, bien que vous y ayez mis le temps, que les circonstances en matière de marché du travail sont 'exceptionnelles'. Vous voulez sans doute dire : 'exceptionnellement dures pour les demandeurs d’emploi' ?". 

Son courrier se termine sous la forme d'un souhait sarcastique : "Dans le dispositif d’activation du comportement de recherche d’emploi et son système de sanctions quasi automatisées (puisque l’évaluation peut désormais se faire par formulaires interposés), nous sommes certains que vous prendrez la bonne décision, la seule qu’il est digne de prendre dans de telles circonstances: demander solennellement à l’ONEm de suspendre sine die toutes les sanctions ou menaces de sanction envers celles et ceux qui auront eu le malheur, dans des circonstances exceptionnelles, de ne pas bénéficier du carnet d’adresses de coaches professionnels ou d’un piston familial ou amical, de ne pas avoir été en mesure de relever un défi hors du commun, de ne paraître ni assez séduisant-e-s ni assez démarqué-e-s pour mériter un job. Cette suspension des sanctions, nous ne doutons pas qu’Actiris, dès qu’il aura repris les compétences de l’ONEm en la matière, l’appliquera au niveau régional."

Suite à cette pluie de critiques, la RTBF a donc réagi en suspendant provisoirement l'émission. 
Jonas Legge