Médias/Télé "Jean Rouch : cinéaste aventurier", un documentaire à voir ce mercredi 23 août, surArte, à 22h55.

Jean Rouch aurait eu 100 ans cette année. Son mystère demeure. Son mythe aussi. Au point que "ce personnage insaisissable […] n’est pas le même en France et en Afrique" affirme le réalisateur français Laurent Védrine : "Chez nous, on retient la figure de l’ethnologue cinéaste aventurier, passé de films sur la transe à des inventions formelles et narratives. Le mythe au Niger est celui du Blanc qui a compris l’animisme, les esprits et les rituels. Celui du Blanc initié, plus nigérien que les Nigériens eux-mêmes, au sens où il connaît les secrets. Beaucoup de gens prêtent encore à Jean Rouch des pouvoirs magiques".

Laurent Védrine part sur ses traces en Afrique, le long du fleuve Niger. Ce fleuve auquel Jean Rouch était mystérieusement relié comme à un cordon ombilical. C’est au Niger que le cinéaste et ethnologue est mort et a été enterré, en 2004.

La rencontre

Novembre 1941, Jean Rouch a 23 ans. Il quitte le Paris occupé pour le Niger, territoire soumis au pouvoir des Blancs. Ingénieur des Ponts et Chaussées, il construit une route à travers la brousse. Sous ses ordres, des milliers de manœuvres subissent le travail forcé. Mais le jeune Parisien n’est pas comme les autres colons. Il regarde ces hommes sans crainte ni défiance. Il comprend qu’ils ont beaucoup de chose à lui apprendre. C’est en se baignant dans le grand fleuve Niger qu’il rencontre Damouré Zika, son frère d’âme, qui l’accompagnera dans ses enquêtes ethnographiques. Jean Rouch ne veut plus rentrer en France. Il a deux passions, l’ethnographie et le cinéma. Il tournera 180 films principalement en Afrique : "Les maîtres fous" (1955), "Moi, un Noir" (1958), "Petit à petit" (1970), "Jaguar" (1967), "Cocorico", "Monsieur Poulet" (1974)…

Laurent Védrine a eu l’idée de ce film, il y a deux ans, alors qu’il était membre du jury du Festival Jean-Rouch, qui a lieu chaque année au musée de l’Homme, à Paris. Il y rencontre Laurent Pellé, coauteur du film, qui a été son assistant dans les années 1990. "En discutant avec lui, j’ai découvert qu’il n’y avait pas vraiment de films sur Jean Rouch… sans Jean Rouch ! Il existait des films réalisés de son vivant mais pas de documentaires proposant une synthèse de son parcours et de son œuvre". En donnant la parole à des Nigériens, à d’anciens collaborateurs, amis, réalisateur, chercheur, ethnologue, il dresse le portrait fascinant d’un homme bien singulier et attachant par son sens de l’humour et de l’amitié.