Médias/Télé Le cinéaste Bruno Dumont signe un téléfilm musical allumé et troublant. A voir sur Arte à 22 h 50.

La liberté du réalisateur Bruno Dumont est sans limites. Il s’est lancé un nouveau défi en revisitant, dans un téléfilm chanté et dansé, l’enfance de Jeanne d’Arc.

Adapté de deux ouvrages du poète Charles Péguy, "Jeanne d’Arc" et "Le Mystère de la charité de Jeanne d’Arc", JeannetteH H est un objet filmique à la fois puissant et surprenant. Dans des paysages de dunes de sable et d’oyats, dans le Boulonnais où il a posé sa caméra, le réalisateur filme la révélation mystique d’une jeune bergère, implorant Dieu au milieu de ses moutons.

Nous sommes en 1425. Le récit se déroule à Domrémy, en Lorraine. En pleine guerre de Cent Ans, la petite Jeannette est révoltée par les souffrances que les Anglais continuent d’infliger au Royaume de France. Elle sent son âme "pétrie de tristesse" au cœur de ce "royaume de la perdition". Elle souhaite rencontrer Madame Gervaise, jeune femme recluse dans un couvent, afin de savoir pourquoi des chrétiens, "enfants du même Dieu", peuvent être ennemis.

Elle découvre ensuite qu’elle a été "choisie" pour devenir ce chef de guerre qui boutera les envahisseurs hors de France. A son oncle, qui l’aidera à s’enfuir vers Orléans, à l’insu de ses parents, elle explique que ce sont Saint-Michel, Sainte-Catherine et Sainte-Marguerite qui lui ont révélé sa mission divine.

Des chorégraphies de Decoufflé

Comme à son habitude, Bruno Dumont a choisi des comédiens amateurs. Lise Leplat Prudhomme, qui incarne Jeannette enfant, et Jeanne Voisin, qui interprète Jeanne plus âgée, n’avaient jamais chanté et dansé avant le tournage.

Le réalisateur les apprivoise comme des pépites que l’on déniche. Et ce sont les chorégraphies de Philippe Decouflé et la musique pop, rock et électro d’Igorrr qui les mettent en valeur.

Malgré les imperfections et les hésitations de ces comédiennes en herbe, filmées en son direct, on se laisse rapidement toucher par leur grâce et la force de leur présence. Elles oscillent entre innocence et rage. A l’image de cette Jeanne écartelée entre deux extrêmes : la sainte et la guerrière.