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ENTRETIEN

À MONACO

Jeté aux oubliettes, le gentil «Docteur Sylvestre»... Depuis 2000, Jérôme Anger opte pour des rôles moins reluisants, voire même franchement sombres... Cet été, il est Alexis Daguerre, un homme complexe et mystérieux aux prises avec «Le Maître du Zodiaque» pour RTL-TVI et TF 1.

Un genre qui visiblement le séduit, même si jouer dans une des sagas de l'été n'est jamais sans risque... «L'audience? Ce n'est pas une pression que je peux me mettre car cela ne concerne que la chaîne. Bien sûr, cela tient à la qualité de la série, aussi, mais personne n'a la prétention de faire aussi bien que «Dolmen» parce que «Le Maître du Zodiaque» ne débute en France que le 10 juillet alors qu'il y a déjà plein de gens en vacances. Donc, sauf miracle...»

Les raisons qui l'ont fait arrêter «Dr Sylvestre»? «Je trouvais ce rôle trop limité, il ne reflétait qu'une infime partie de ma personnalité. Tant mieux si les gens ont cru à la ressemblance, mais je trouve amusant de faire découvrir d'autres facettes. Dans le premier épisode du «Maître du Zodiaque», on ne me voyait pas beaucoup, je serai plus présent dans les suivants, mais je ne vous dirai pas jusqu'à quand... (rires) Alexis Daguerre, en revanche, est un personnage très éloigné de moi.»

C'est vraisemblablement la mini-série «A cran» qui a fixé dans les esprits le changement de cap du comédien. «Oui, parce que c'était une fiction innovante. Mais il y a d'autres fictions dont je suis très fier comme «L'homme venu d'ailleurs» ou «Les rois maudits»: c'étaient de vraies aventures!»

«Je prépare, toujours pour France 3, un nouveau téléfilm, encore avec Gérard Carré au scénario. La télé actuellement me donne envie de continuer à explorer. On copie parfois, on n'assume pas toujours tout, cela donne des productions hybrides mais je crois qu'on est sur la bonne voie. D'ailleurs, ce qui se loue le plus, aujourd'hui, ce sont les séries télé. Une nouvelle écriture a été découverte avec de nouveaux formats et des personnages forts. Comment critiquer des séries comme «Nip/Tuck» ou «Desperate Housewives»? Cela ouvre des tas de possibilités. «Le Maître du Zodiaque» est fortement inspiré de ces séries. France 2 ne s'en cache pas non plus: tout le monde le fait. On cherche le moyen d'exprimer nos talents, à la française, en s'inspirant de ce qui existe de meilleur, ailleurs.»

«JE DÉTESTE LES SÉRIES COPIÉES/COLLÉES»

En revanche, Jérôme Anger déteste les «copier/coller façon «RIS» (NdlR: sur TF 1, calqué sur «Les Experts») ou «Section de recherche». «Le Zodiaque» s'inspire de «24h» et de «Lost» sans les moyens équivalents mais en mettant en avant des «cliffhangers» comme le font toutes les bonnes séries américaines. Nous les adaptons avec des solutions à la française.»

«En tant qu'acteur, cela m'amuse de participer à cette nouvelle évolution d'écriture et de fiction. Je n'ai pas la prétention d'être un grand metteur en scène, j'aime les narrations proches des personnages. Mes films sont plus «classiques»: ce qui compte, c'est l'histoire. C'est pourquoi «L'abbaye du revoir» (2004) était si délicate à résumer, parce qu'elle est bien plus complexe que ce qu'on peut en dire en quelques phrases.»

Son prochain projet? «Une histoire d'amour forte dans une enquête policière. On est dans la phase d'écriture, il n'y a pas encore de date finalisée pour le tournage et la mise en oeuvre, aussi, reste complexe.» Objectif: 2007. «Ce projet de téléfilm est plus pour France 3. Takis (NdlR: Candilis, directeur de la fiction à TF 1) me l'avait dit aussi pour le précédent, qu'il a bien aimé; c'est normal, chaque chaîne a son créneau.»

«Ma compagne (NdlR: l'actrice Claire Borotra) et moi nous passons d'une chaîne à l'autre sans difficulté, il faut être un peu caméléon. En tant qu'acteur, je travaille beaucoup pour TF 1 car ils me proposent beaucoup de choses, mais c'est un plaisir de changer.»

D'acteur à réalisateur, Jérôme Anger varie donc de chaîne et d'activité sans s'inquiéter. «Avec le recul, je crois que c'est quelque chose que j'avais en moi depuis longtemps mais ce n'était pas une démarche consciente. La réalisation m'est venue par le regard des autres et notamment celui de ma compagne: comme une évidence avant de devenir un besoin.»

«L'ACTEUR EST LA STAR DU 100 MÈTRES»

Son passage à la production, en revanche, est dû à un «concours de circonstances. J'ai eu modestement envie d'apporter ma pierre à l'édifice. En tant qu'acteur, on n'est responsable que d'une partie de la partition, en tant que réalisateur ou producteur, on prend en charge l'ensemble. Si c'est bien, c'est qu'on a bien bossé, si c'est mauvais, c'est de notre faute. Cela change de la position d'acteur qui peut parfois se retrouver, malgré lui, dans un mauvais film. Tant qu'à trinquer, autant être vraiment responsable! Et puis, comme acteur, l'expérience vous rend de plus en plus conscient de la fragilité des choses. Le stress du réalisateur est celui d'un marathonien alors que l'acteur est la star du 100 m. On l'amène le matin, il fait sa course et puis, basta.»

Pour en revenir au «Maître du Zodiaque» (programmé exceptionnellement ce lundi sur RTL-TVI par crainte de la concurrence du foot, dimanche soir), le deuxième épisode de la saga TF 1 a déjà fait couler beaucoup d'encre (LLB du 1/07) en raison de scènes jugées trop violentes par la critique...

«Elles ont été retravaillées et coupées car il n'est pas possible de diffuser de téléfilm interdit aux moins de 12 ans, en été, à 20h50. Personnellement, je ne le jugeais pas trop violent, il y a pire dans certains films. Ils ont estimé qu'il valait mieux lever le pied: ils craignaient d'être accusés d'incitation à la violence. Mais seules 10 à 15 secondes ont été coupées.»

© La Libre Belgique 2006