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On l'avoue : longtemps, on a pensé que l'animatrice était française. On n'est d'ailleurs pas le seul : "Souvent, dans la rue, les gens me demandent ce que je fais à Bruxelles !", s'amuse Joëlle Scoriels. La présentatrice de l'émission "Plus que la musique" reste pourtant le seul visage "local" de MCM Belgique. Anecdotique ? Peut-être pas tant que ça pour la chaîne musicale qui insiste volontiers sur son (réel) ancrage belge. Alors, le téléphone sonne : "Ça ne vous dirait pas de rencontrer Joëlle ?" Et l'attachée de presse d'annoncer le parcours pas banal de l'intéressée.

De fait : le CV de l'animatrice (née à Bruxelles en 1978) est chargé, aligne une licence en philologie romane, deux premières années de dessin à la Cambre, une autre en restauration d'oeuvre d'art, un poste d'assistante universitaire à Louvain-la-Neuve... Au beau de milieu de tout ça, il faut encore caser depuis 2003 la présentation d'émissions sur MCM : le Top 50 belge d'abord, un agenda culturel ensuite ("Et si on sortait"), et aujourd'hui donc "Plus que la musique" (interviews, actus). Le lien entre tout ça ? Il n'y en a pas forcément.

"Un soir, lors d'un souper chez une amie, j'ai rencontré Serge Nagels, qui préparait une petite publicité pour la Croix-Rouge. Il m'a proposé d'y participer. Plus tard, quand il a commencé à travailler sur un pilote pour MCM, il a repensé à moi." A l'époque, Joëlle Scoriels a commencé un boulot d'assistante à l'UCL. "Là, j'ai flippé. J'ai pensé que ça me discréditerait. Du coup, j'ai d'abord refusé. Serge Nagels a insisté. Il a eu raison."

Concours Reine Elisabeth

Les débuts ne sont pas toujours évidents. "A la base, j'ai une voix plutôt grave, et je parle lentement. Ça ne convenait pas forcément au format plus speedé de l'émission. Serge Nagels était consterné. J'ai dû apprendre." Amusant : la voilà dans le poste, celui dont ses parents se sont toujours tellement tenus à distance - "gamins, on ne pouvait quasi jamais regarder la télé, à part les 'Jeunes solistes'. Du coup, l'objet m'a toujours fascinée". Mieux : la demoiselle officie sur une chaîne musicale "djeune". "Peu importe, mes parents ont toujours été très fiers, très contents de ce qui m'arrive. Et puis, depuis que je présente le Top 50, mon père se dit que je vais finir comme Corinne Boulangier, à présenter le concours Reine Elisabeth."

Pas certain que ce soit pour tout de suite. A vrai dire, ce n'est pas la prétention qui étouffe la demoiselle, qui, à côté de MCM, garde un boulot administratif à l'Institut Marie Haps. "J'aime bien être sur scène, dans la lumière. Mais l'impact de la petite lucarne reste léger. Dans ce que je fais sur MCM, je suis plus vue que regardée." D'accord, mais on doit quand même poser la question : a-t-elle déjà envisagé de partir travailler en France, pourquoi pas à la maison-mère ? "On me pose souvent la question... J'essaie encore de trouver une réponse correcte...", glisse-t-elle, avant d'avouer : "le fait est que je n'ai pas d'ambition. Je m'en fous. C'est un peu un hasard si je fais ce que je fais."

Crânerie ? Même pas sûr. Elle se voit bien augmenter ses activités de voix off pour la pub ou des documentaires (on l'entend déjà sur la RTBF). Au-delà de ça... Il y a de toute façon toujours "Plus que la musique" sur MCM, qui la voit enfin sortir des studios et partir à la rencontre d'artistes. "Depuis janvier, c'est la fête complète ! C'est tellement plus naturel d'avoir une interaction avec quelqu'un." Dans le nivellement par le "trash" des chaînes ciblées ados, le programme fait même office de cas à part. "Je ne suis pas dans cette course-là. Je ne dis pas que l'émission relève le niveau, mais je crois qu'on contribue à ne pas le faire baisser... On veut faire de manière honnête quelque chose qui a de l'intérêt pour ceux qui suivent un petit peu la musique." La scène belge actuelle y est volontiers conviée : Eté 67, Sharko ("une rencontre compliquée, un peu bouleversante") ou dans un autre genre Sttellla ("un feu d'artifice, on s'est dit qu'on allait faire une émission de médecine et santé un peu gore ensemble"). Une envie particulière de rencontre ? "Je n'ai pas vraiment d'idole. Bon, c'est vrai, j'aimerais bien m'asseoir sur les genoux de Thomas Fersen. Mais je crains qu'il ne soit pas dans la cible de la chaîne..."

© La Libre Belgique 2006