Médias/Télé

CORRESPONDANTE À PARIS

Joseph Maroyeur enterre sa femme et son goût pour la vie. Il ne lui reste que sa terre, une exploitation viticole qu'il a décidé de vendre et sa famille: sa fille Claire, son gendre François et ses petits-enfants, Sophie et Léonard. Sa décision de vendre la propriété provoque le choc. La révolte même chez son petit-fils, avec lequel Joseph entretient une relation délétère.

Cet état de fait va évoluer brusquement, à la faveur d'une grosse erreur de jeunesse commise par Léonard. Mêlé à une bande de petits malfaiteurs, il se retrouve avec deux mallettes d'héroïne sur les bras. Mallettes que Rafael, un ami gitan de Joseph, va retrouver dissimulées dans une chapelle abandonnée de la propriété familiale. Lorsqu'un avocat parisien, mandaté pour récupérer la marchandise, débarque, les événements prennent une tournure tragique, et Joseph se révèle alors être un grand-père protecteur et aimant, prêt à tout pour défendre les intérêts des siens...

Joseph face à Léonard

Adapté du roman de Michel Lambesc, «La Horse», ce polar avait déjà été porté à l'écran par Pierre Granier-Deferre en 1970, avec Jean Gabin dans le rôle du paysan patriarche, sur lequel le récit était focalisé.

Le scénariste Philippe Setbon propose pour TF 1 une adaptation plus moderne, davantage centrée sur l'évolution des relations entre Joseph et Léonard. «Dans mon adaptation, le motif de désaccord entre Joseph et Léonard n'est pas explicité... Nous comprenons seulement qu'une déception mutuelle les sépare. Un long cheminement va élever leur rapport. Je trouvais qu'un sujet noble était à traiter», commente le scénariste.

Descours face à Mondy

Ce cheminement constitue l'essence et l'intérêt majeur de ce téléfilm qui demeure familial malgré la violence exprimée par petites touches, mais sans gratuité. Réalisé par Marc Angelo, Joseph met aux prises deux comédiens de générations éloignées, qui s'accordent pourtant parfaitement et traduisent avec beaucoup de retenue toute la charge émotionnelle contenue dans la relation qui unit ce grand-père à son petit-fils, et évolue sans cesse.

Loin du Commissaire Cordier, qu'il interprète pour TF 1 depuis 1992, Pierre Mondy (qui est aussi metteur en scène pour le théâtre, le ciné et la télé) compose un personnage riche, surprenant, intelligent, bourru et sensible qui inspire finalement le respect à ce jeune garçon en perte de repères, traversé par des sentiments extrêmes, incarné par un Cyril Descours toujours aussi prometteur.

Déjà dirigé par Marc Angelo dans «L'enfant de l'aube», ce comédien de 22 ans parle de son métier comme d' «une quête perpétuelle, pour être toujours plus authentique». Tourné au Portugal, «Joseph» nous permet aussi de découvrir d'étonnants comédiens comme ce Portugais, Jose Fidalgo, qui interprète Arkadi, un voyou magnifique, dans un français parfait.

Malgré quelques raccourcis pas toujours plausibles dans l'intrigue, cette fiction nous installe dans un climat à la fois sulfureux et doux, sans artifices et sans faute de goût. Des qualités plutôt rares.

© La Libre Belgique 2006