Médias/Télé

Le spectre de la suppression du JT en langage des signes, diffusé aujourd'hui sur La deux, est-il de l'ordre du mauvais songe ou de la catastrophe annoncée ? Ni l'un, ni l'autre... contrairement à ce qu'avait laissé croire la rumeur. L'information n'étant pas sans fondement, mérite quelques mots d'explication.

"Cette décision est rendue possible par le nouveau contrat de gestion, tempère Yves Bigot, directeur des antennes. Le sous-titrage fait partie des obligations de service public mais le JT en langage gestuel est une particularité de la Belgique. La réflexion est en cours. Je n'ai pas de philosophie définitive sur la question. Mais lorsqu'on regarde les chiffres, très peu de gens regardent ce journal. Puis, il y a un problème avec le langage utilisé parce que visiblement en Belgique, plusieurs langues coexistent."

Benoît Balon-Perrin, directeur de l'unité de programme Info-Sports à la RTBF, précise encore : "Le contrat de gestion stipule que notre journal télévisé doit être accessible aux personnes sourdes et malentendantes mais n'implique pas l'obligation du recours au langage des signes. Tant que nous ne disposerons pas d'un autre moyen de diffusion, ce JT restera présent sur La deux. Mais dès qu'il sera techniquement possible de le mettre en streaming sur Internet, nous le ferons."

Ce qui occasionnera tout de même une dépense supplémentaire pour les téléspectateurs. Une décision qui étonne, donc, dans le chef d'un service public... "Nous maintiendrons une diffusion en télévision mais plutôt en fin de programme et, dès que ce sera possible, une traduction via le télétexte sera mise en place pendant le 19 h 30, comme c'est déjà le cas aujourd'hui sur la VRT. On essaiera bien sûr de rendre ces deux types de diffusions disponibles de manière concomitante."

Un rendez-vous pour tous

La motivation de cette décision ? Financière, en partie. Peut-être afin de trouver le budget à allouer à un "JT digne de ce nom diffusé en matinée sur les antennes" (cf LLB du 2/04). Dans sa quête des meilleures solutions pour rendre ses grilles toujours plus performantes, Yves Bigot reconnaît : "On s'est penché sur toutes les possibilités offertes par le nouveau contrat de gestion."

Benoît Balon-Perrin évoque, lui, un problème de construction de grilles. "Cela nous oblige, à un quart d'heure près, à avoir le même pivot (19 h 30-19 h 50) sur les deux chaînes." Or, stratégiquement, il serait plus avantageux pour la RTBF de diversifier son offre dans cette case horaire cruciale de l'avant-soirée.

"Cela nous pose régulièrement des problèmes lors de manifestations sportives comme Roland Garros, retransmises sur La deux. Quand les horaires débordent, on est forcé de faire sauter le gestuel. Avec le télétexte, il n'y aura plus ni décalage, ni retard, ni suppression. Et l'avantage est que tout le monde lit la même chose, même s'il est vrai qu'il y a une petite minorité de sourds de naissance pour lesquels l'écrit n'est pas l'idéal." En revanche, le JT pour enfants ("Les Niouzz") restera doublé en langage des signes.

Reste à savoir dans quels délais ces changements interviendraient. "Je suis comme Dehaene, je ne m'enferme pas dans un calendrier, ironise Benoît Balon-Perrin. Les bons de commande pour le nouveau matériel sont partis. Pour le personnel à engager - qui réalisera la transcription sur télétexte -, la procédure est en cours. Reste le temps de formation, de mise en route du système." Un délai qui ne devrait pas excéder la fin 2007 et devrait, idéalement, être le plus proche de la rentrée de septembre.

© La Libre Belgique 2007