Médias/Télé

L'info est tombée jeudi soir, dans un communiqué laconique : Kathryn Brahy quitte RTL. La nouvelle a surpris tout le monde ("Ma soeur l'a appris par la radio !"), et sans doute elle en premier, puisqu'avant ce lundi, jamais elle n'avait imaginé prendre le large. Et quel large ! La journaliste se porte candidate au poste de déléguée pour la délégation Wallonie-Bruxelles à Kinshasa. "Sincèrement, dit-elle, j'ai entendu parler de la vacance de ce poste pour la première fois lundi midi. C'est en discutant et en pensant à plein d'autres gens que quelqu'un m'a dit 'Et toi ?' J'ai d'abord pensé que je n'étais pas capable... Puis j'ai réfléchi, et je me suis dit que c'était génial" . Elle décide donc de prendre un risque, l'intervieweuse réputée pour faire parler jusqu'aux pierres. Mais un risque mesuré, puisqu'elle s'assure qu'elle peut être crédible dans ce rôle d'ambassadrice. "Dans plusieurs partis, on m'a dit que c'était une bonne idée" . Alors elle expose ses désirs à ses patrons, et leur propose de prendre un congé sans solde, histoire de ne pas se retrouver en porte-à-faux déontologiquement. Si Brahy continuait ses reportages et interviews politiques en télé et en radio, elle aurait tôt ou tard dû interviewer des gens auprès de qui elle postulait. La voilà donc qui quitte l'avenue Georgin. Dès vendredi matin, elle a été remplacée pour "L'invité de 7h50" sur Bel RTL par Fabrice Grosfilley. Frédéric Cauderlier devrait, lui aussi, assurer une partie de l'intérim. Intérim puisque sur le long terme, nous glisse-t-on à RTL, il est probable que ce soit encore quelqu'un d'autre qui soit titularisé.

Son arme : l'humour

Sacrée semaine, en tout cas, pour l'une des plus talentueuses journalistes du paysage audiovisuel belge francophone. Elle avait intégré RTL il y a 25 ans, une maison qui a été son premier vrai employeur, dès la sortie de ses études en droit à l'UCL. "En rhéto, j'ai été à une séance d'information du Rotary, où des professionnels venaient rencontrer des jeunes. La table à côté du juriste était celle du journaliste. Il y avait Guido Van Damme du Soir. Ce qu'il faisait avait l'air super. Je lui ai demandé si je pouvais faire un stage à la rédaction" . Après un an d'études, Kathryn fait ses armes au quotidien vespéral, pendant ses vacances. Puis à RTL. Là-bas, on lui confie un remplacement, et quand elle termine le droit, un poste au bureau de Charleroi. Puis à Bruxelles. Elle fait un peu de tout, avant de décider de se spécialiser : "J'ai eu envie de mieux savoir de quoi je parlais" . Ce sera de politique. Kathryn Brahy connaît son affaire, et si elle fait tout pour faire cracher le morceau à ceux qu'elle cuisine ("Mon arme secrète, c'est le sourire et l'humour" ), son but n'est pas de piéger. Elle se voit comme une médiatrice entre l'invité et l'auditeur : que l'un puisse dire ce qu'il a à dire, et que l'autre puisse l'entendre. En 25 ans de journalisme, elle a évidemment noué des amitiés avec des hommes et des femmes politiques. Elle est par exemple très copine avec Joëlle Milquet. "Je ne m'en suis jamais cachée. Mais je suis une journaliste indépendante, je ne suis pas plus proche du CDH que des autres partis. Si - je dis bien "si" - je devais être déléguée à Kinshasa, ce serait également en toute indépendance. Je ne suis pas une femme de partis" .