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CORRESPONDANTE À PARIS

A l'approche de la Coupe du monde de foot, un feuilleton documentaire remonte aux sources, aux premières années, là où tout se joue pour les futurs footballeurs professionnels. Ou non. Parce que rares sont les jeunes dans les centres de formation qui accèdent un jour au statut de pros. C'est dire si la route est longue entre rêve et concrétisation.

Pendant un an, François Guillaume et Vincent Manniez ont exploré caméra au poing les coulisses d'une des meilleures écoles de foot en Europe: le centre de formation du FC Nantes. Ils ont eu carte blanche pour accompagner les joueurs dans leur préparation physique, leurs entraînements, tests médicaux, études, relations avec l'entraîneur ou vie privée.

Ils ont suivi quatre jeunes au parcours singulier: Pacho, l'enfant des rues de Bogota adopté par une famille française; Fréjus, le défenseur camerounais, dont la famille au pays attend beaucoup; Vincent, le gardien breton, qui rêve d'intégrer l'équipe pro de Nantes; et Dimitri, l'attaquant réunionnais que les qualités techniques amènent à côtoyer les pros, même si la signature est loin encore. Sur des milliers de candidats, seuls 30 ont été sélectionnés par le club. Cinq ans après, ils ne sont plus que 18. Rien n'est joué. Seuls deux ou trois joueurs pourront signer leur premier contrat pro à la fin de la saison.

Pour raconter leur histoire, les auteurs de cet excellent feuilleton ont fait appel à un dix-neuvième joueur, un passionné: le comédien Lorànt Deutsch. Son ironie et sa fraîcheur ajoutent un supplément d'âme à un récit qui n'en manque pas. «J'étais en sport-études à Nantes de 12 à 14 ans, puis on m'a fermé la porte parce que je manquais de puissance de jeu, de rapidité. Je ne pouvais pas suivre physiquement, et je n'ai pas voulu que l'on déclenche ma puberté. Mon rêve s'est évanoui, mais j'ai appris pendant ces années à me responsabiliser, à être débrouillard à l'école, organisé et respectueux. Ces jeunes-là vont au bout d'eux-mêmes, ils tentent tout, ce sont de vrais courageux», confie-t-il.

Les mentalités ont évolué

Avec une narration et un montage audacieux, les réalisateurs tiennent la longueur. «On a cherché à mélanger les genres. Et mis du temps à trouver l'écriture, qui s'est matérialisée quand on a commencé à monter», précise François Guillaume.

En contrepoint de leurs images virevoltantes, parfois survoltées, ils recueillent tranquillement sur fond noir les souvenirs de jeunesse de quatre pointures du football, les champions Zinedine Zidane, Didier Deschamps, Marcel Desailly et Lilian Thuram. Quand le doute s'empare de Dimitri, suspendu de compétition suite à un carton rouge, ou de Fréjus, qui doit repasser le Bac, le commentaire de Zizou résonne juste: «C'est bien de passer par des moments difficiles aussi, c'est bien de pleurer le soir, parce que ça vous fait grandir».

Après coup, Didier Deschamps tire les conclusions: «Je me suis reconnu dans ce documentaire, mais les mentalités ont évolué. La scolarité est devenue aussi importante que le foot, et c'est positif, mais l'argent a pris trop de place. Les joueurs sont sollicités trop jeunes par des agents, ils sont perturbés par un certain confort, alors qu'il y a encore beaucoup d'étapes à franchir. Il y a pas mal de jeunes qui se perdent. La réalité est cruelle pour ceux qui ne réussissent pas».

Entre 16 et 18 ans, les joueurs stagiaires touchent en moyenne 1 500 euros par mois. S'ils ne parviennent pas à signer pro en Ligue 1, ils pourront signer dans des clubs étrangers, des clubs de Ligue 2, des clubs amateurs... ou envisager leur vie en dehors du football. Une dernière option qui n'est pas à l'ordre du jour pour Pacho, très déterminé: «De toute façon, passer par le centre de formation du FC Nantes, c'est déjà très bon sur le CV, et on en retire un bon état d'esprit. Tout est possible. Je ferai tout pour passer un jour en L 1».

© La Libre Belgique 2006