Médias/Télé Paul Moreira explore la machine de propagande du président russe. A voir sur Arte, à 20 h 50.

A la veille des élections russes, dont le premier tour se tiendra le 28 mars, Arte se propose d’explorer dans une Thema le pouvoir autoritaire de Vladimir Poutine. C’est une enquête passionnante, aux multiples ramifications, réalisée par Paul Moreira, Guerre de l’info : au cœur de la machine russe, qui ouvre la soirée.

Dans ce documentaire coproduit par Premières Lignes ("Cash Investigation") et Arte, le journaliste d’investigation explore une guerre d’un nouveau genre, menée sans armes ni blindés. Une guerre dirigée contre les démocraties occidentales par le président russe, à coups de fake news, de trolls et autres cyberattaques.

"Russia Today" et Sputnik pro-Le Pen

A travers un récit efficace, servi par un excellent montage, maniant esprit critique et ironie, Paul Moreira explore d’abord les méthodes de la chaîne internationale Russia Today et du site Sputnik. Ces outils de propagande du Kremlin colportent rumeurs et informations douteuses, destinées à manipuler les opinions publiques, tout en prétendant, officiellement, "faire entendre une autre voix, plus critique que les médias dominants", comme l’affirme Margarita Simonian, patronne toute puissante de RT et de Sputnik. Sauf que ces moyens de désinformation à la solde de Vladimir Poutine, exploitant la défiance déjà grande des citoyens occidentaux vis-à-vis des médias traditionnels et des dirigeants, ont clairement œuvré en faveur de la campagne de Marine Le Pen lors des dernières élections présidentielles de mai 2017. En distillant notamment de fausses informations sur le candidat Emmanuel Macron.

Dans un second temps, Paul Moreira se penche sur une guerre plus secrète encore, celle des hackers russes, tels Konstantin Rykov, ancien député pro-Poutine ayant joué un rôle clé dans les campagnes américaines et françaises.

Usine à trolls

L’enquêteur montre comment des trolls russes se sont fait passer pour des nationalistes américains sur les réseaux sociaux pour soutenir le candidat Trump. Il se rapproche aussi d’une "usine à trolls" de Saint-Pétersbourg, qui emploie de jeunes pros du web, payés pour créer des sites de propagande ou de faux profils.

Appuyant sa démonstration de nombreux témoignages clé, Paul Moreira recueille notamment les confidences exclusives du député européen d’extrême droite Jean-Luc Schaffhauser, qui a négocié les prêts russes au Front national, ou se rapproche de l’oligarque russe ultra-conservateur Konstantin Malofeev. Le journaliste explique ce rapprochement entre l’Etat russe et l’extrême droite européenne et américaine, en évoquant un "choix géostratégique".

"Se sentant menacé à ses frontières par l’Union européenne et l’Otan, Moscou est en quête de nouvelles armes. La Russie cherche à jeter de l’huile sur le feu pour élargir les lignes de fracture, en Europe comme aux Etats-Unis : l’accueil des migrants ou le mariage gay sont instrumentalisés par les trolls russes parce qu’ils cristallisent les antagonismes", souligne-t-il.

Mêlant analyse et narration proches d’un roman d’espionnage, le documentaire de Paul Moreira sera complété, à 22 h 30, par un entretien avec la politologue Marie Mendras. Suivront un documentaire consacré à l’opposition en Russie d’Alexeï Navalny ("Les Russes aux urnes", à 22 h 45), et d’un sujet sur Dojd, principal média d’opposition en Russie ("Moscou : l’info dans la tourmente", à 0 h 20).