Médias/Télé

À VIENNE

Le gratin de la presse quotidienne européenne s'était donné rendez-vous à Vienne, en début de semaine, pour son congrès annuel et la remise de ses «Awards of Excellence» (LLB, 11/4). Plus de trois cents éditeurs et rédacteurs en chef y ont pris le pouls de ce qui se fait de mieux actuellement - les success stories - dans un secteur qui lutte depuis des années avec un lectorat de plus en plus volatil et très courtisé par d'autres supports médias.

La presse quotidienne, souvent taxée d'immobilisme, prouve actuellement qu'elle est capable de se remettre en question pour reconquérir à la fois de nouveaux lecteurs (les jeunes) et des annonceurs. Norbert Küpper, fondateur et organisateur du congrès (lire ci-dessous), épingle plusieurs tendances. Avec, en tête de liste, la généralisation accélérée du format tabloïd ou compact dans tous les segments du marché (journaux régionaux et populaires, mais aussi «quality papers»). Un phénomène auquel «La Libre» (2002) et «De Standaard» (2004) ont pris part en Belgique.

Mais l'innovation ne se limite pas à l'adoption d'un format. On voit également fleurir, à travers l'Europe, des maquettes de plus en plus audacieuses (cassant la structure des mises en page conventionnelles), la généralisation de la quadrichromie, le développement des rubriques «services» ou encore l'apparition de nouveaux suppléments ou pages thématiques.

Conquérir les jeunes!

«Avec la généralisation du format tabloïd, certains estiment qu'on assiste à une uniformisation graphique des journaux. C'est faux. Quand on met tous ces journaux côte à côte, on voit que les maquettes sont quasi infinies», souligne Norbert Küpper. Une tendance qui se traduit notamment par le grossissement des départements «lay-out» au sein des rédactions et la montée en puissance des directeurs artistiques. Le quotidien flamand «De Morgen», primé, compte ainsi douze personnes en charge du «lay-out».

Le quotidien hollandais «Het Parool» - racheté récemment par De Persgroep - concentre plusieurs caractéristiques des tendances actuellement à l'oeuvre dans les quotidiens européens. Tombé de 200000 à 90000 exemplaires au cours des vingt dernières années, «Het Parool» a subi une succession de réformes drastiques depuis 2003. «La question numéro 1 était de savoir si nous devions rester un journal national ou un journal centré sur Amsterdam», expose Erik van Gruithuijsen, rédacteur en chef. Le choix est fait de se recentrer sur Amsterdam. D'autres options suivent: viser un lectorat plus jeune, multiculturel et populaire; développer l'info de proximité; être plus explicatif et développer les services aux lecteurs. «On a ensuite confié la réforme de la maquette à Mario Garcia (NdlR: célèbre graphiste qui planche, actuellement, sur la réforme du «Soir») et fait le choix du tabloïd». Après un an d'expérience, «Het Parool» est «le seul quotidien» hollandais à gagner des lecteurs...

D'autres journaux sont partis à la conquête de jeunes lecteurs. En Allemagne, «Di Welt» a lancé l'an dernier une version compacte à prix réduit (d'abord à Berlin, puis dans d'autres grandes villes). «Le succès a été immédiat. La moitié de nos lecteurs n'achetaient aucun journal avant et notre édition broadsheet n'a rien perdu», soutient Jan Eric Peters, rédacteur en chef. En Norvège, le «Bergens Tidende» a complété sa version quotidienne (grand format) par une édition tabloïd du dimanche ciblée sur les jeunes lecteurs urbains éduqués. Avec, là aussi, un succès appréciable qui dénote dans un marché en régression.

© La Libre Belgique 2005