Médias/Télé Documentaire Dieudo Hamadi signe un très beau film sur une policière congolaise. La Trois, à 21h15.

Honorine Munyole, alias Maman Colonelle ***. Un nom qui reste gravé dans les esprits une fois découvert le dernier film de Dieudo Hamadi. Cette femme confère honneur et fierté à l’uniforme des policiers congolais. Et ce n’est pas un vain mot dans un pays rongé par la corruption et embrumé par l’évaporation des salaires.

Au fil des semaines de tournage, on la suit dans sa lutte pour prendre soin de ses concitoyens. Or les défis ne manquent pas, entre traumatismes de la guerre et séquelles de la folie des hommes.

Présenté en octobre lors du Festival international du film francophone, ce documentaire empli d’humanité a touché le public namurois et reçu le prix spécial du Jury.

Cette femme, Dieudo Hamadi l’a rencontrée, par hasard, en 2009, alors qu’il sillonnait Bukavu (Sud-Kivu) en vue de réaliser un court métrage. "En 2014, Kiripi Katembo Siku, le coproducteur du film, m’a encouragé à faire un nouveau documentaire sur la condition des femmes en RDC. Je me suis souvenu de Maman Honorine et j’ai appris qu’elle avait initié un nouveau projet à Bukavu qui consistait à apprendre la boxe aux femmes qui avaient été violées. Mais en arrivant sur place, on a appris qu’elle était mutée à Kinsagani. On a décidé de la suivre et on a adapté notre sujet à ce nouveau lieu."

Arrivée à Kisangani, la Colonelle découvre une situation méconnue au Congo et en dehors. "Lorsqu’elle a rencontré ces femmes victimes de la guerre des Six jours dont les familles ont été massacrées et qui ont été violées, elle a simplement réagi avec ce qu’elle est", explique le réalisateur Dieudo Hamadi.

Mais sa mutation à Kisangani a ensuite soulevé des questions face à une action qui "dérange" ? "En 2009, lorsque je l’ai rencontrée, elle était major. Elle poursuivait les violeurs et essayait de sauver les enfants accusés de sorcellerie. Ensuite, elle a été promue au grade de colonel, elle était donc plutôt soutenue. Du moins, c’est l’analyse que j’en fais. La mutation à Kisangani n’était pas forcément une rétrogradation, elle avait même davantage de responsabilités. Tout allait bien jusqu’à ce qu’elle découvre les conditions de vie et de travail sur place", poursuit le réalisateur.

Or une nouvelle mutation est intervenue en 2016. "Maman Honorine a à nouveau été mutée dans une petite ville au Nord du pays (Wamba) et, cette fois, elle a vécu cela comme une punition. Je ne connais pas les raisons profondes de ces mutations mais je note seulement qu’avant que nous fassions le film à Kisangani, elle avait passé 12 ans à Bukavu sans bouger."

Une situation d’autant plus incompréhensible que la Colonelle ne demande rien à personne et se débrouille seule.

"C’est ce qui m’a intéressé dans le film : voir à quel point cette femme officier allait au-delà de ses prérogatives et prenait en charge ses concitoyens là où l’Etat ne fait rien. Même si on sait que c’est comme cela que ça se passe au Congo. Elle est plus engagée, plus déterminée que bien des personnes que l’on rencontre et elle va bien au-delà de ce que prévoient ses fonctions. Elle a une façon bien à elle d’approcher les problèmes humains, ce qui fait qu’à Bukavu et à Kisangani beaucoup de gens se sont attachés à elle."