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Plus besoin de culpabiliser vos ados, ces oiseaux de nuit qui ont tendance à se coucher tard et à se lever tard. Ce documentaire instructif de Sabine Kallwitz-Geibler nous enseigne que l’horloge biologique interne des adolescents n’est pas en phase avec celle du reste de la population. Ils ne sont ni paresseux, ni forcément démotivés lorsqu’ils arrivent en classe, somnolents, le matin. "Ils vivent naturellement dans un autre fuseau horaire", explique un spécialiste mondial de chronobiologie, à l’université de Munich, Till Roenneberg. Pour aller au bout de cette démonstration, une étude a été conduite auprès de lycéens allemands. Sans réellement modifier le rythme décalé de ces jeunes, il a suffi, simplement, de mettre en place un éclairage diffusant de la lumière bleue, proche de la lumière du jour, pour réveiller ces ados dormant les yeux ouverts, et accroître leur vigilance. Soumis à ce traitement de faveur, ils ont pu réaliser 30 % d’erreurs en moins sur un exercice, tout en mettant moins de temps pour accomplir leurs tâches que les élèves d’une classe témoin où subsistait l’éclairage artificiel, blême, invitant à prolonger sa nuit

Cet exemple montre l’importance de notre horloge interne dans notre fonctionnement quotidien, et le décalage de plus en plus important de notre vie moderne par rapport aux rythmes de la nature. Les hommes ont toujours vécu en accord avec leur horloge biologique interne jusqu’à ce que l’industrialisation ne vienne bouleverser la donne à la fin du XIXe siècle. Construit intelligemment, nourri d’infographies claires, Chronobiologie. L’homme et ses rythmesH H suggère que, sans être obligé de vivre à la campagne au rythme des saisons et des récoltes, il est possible de "vivre mieux et plus sainement" dans notre vie moderne. A condition d’être un minimum à l’écoute de nos rythmes biologiques internes.

Chronotypes

Les chronobiologistes ont découvert que l’"horloge sociale", qui intime à chacun de se lever tôt, ne respecte pas le rythme des "chronotypes" plus tardifs. En clair, si le temps interne de chacun est régulièrement synchronisé sur le temps externe (sur l’alternance jour-nuit), certains individus sont génétiquement programmés pour être des lève-tard et mettent plus de temps à démarrer. Ceux-là ont aussi plus de mal à passer le soir en mode nuit, et manquent généralement de sommeil

Sans pouvoir remettre en cause radicalement le rythme effréné de la vie moderne, les spécialistes de l’horloge biologique se servent de l’étude des "gènes d’horloge", qui régissent les processus métaboliques à l’œuvre dans chaque cellule de notre corps, pour adapter certains traitements médicaux. La chronothérapie se sert de ces connaissances pour déterminer le moment idéal pour administrer un traitement anti-cancer, et limiter les effets secondaires. Autre exemple : il existe un médicament "intelligent" contre la polyarthrite rhumatoïde, qui libère son principe actif la nuit, pour bloquer en amont le processus inflammatoire.

Plus globalement, les scientifiques ont établi des corrélations entre le "jet lag social" (le fait de ne pas être en phase avec le temps externe) et la dépression, le diabète ou la démence sénile. Faut-il bousculer les règles sociales et les rythmes du travail ? L’on rappelle en tout cas ici que des individus en meilleure santé sont davantage productifs, sans compter la baisse des coûts de santé induite par une politique de prévention efficace.Caroline Gourdin, à Paris